j'achève toute épopée par Charles-Mézence Briseul

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28 avril
2009

j'achève toute épopée par Charles-Mézence Briseul

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1
je n'ai pas beaucoup d'armées
mais leurs pas résonnent
dans la gloire et les siècles éternels


2
la plaine est sèche, le silence total
nous sommes assis et nous pleurons
ce qui ne reviendra jamais

notre souffrance n'a de sens que si vous
souffrez un jour plus que nous

comment mon visage ne serait-il pas triste quand la ville où sont les tombeaux de mes
pères est en ruine et que ses portes ont été dévorées par le feu ?


aux ennemis nous disons mes frères, aux frères nous disons porcs ! porcs !
mes très chers frères

heureux qui vous revaudra
les maux que vous nous avez valus
heureux qui saisira et brisera
vos petits contre le roc !


gratte la poussière, lamentations et recherche d'un point d'eau
le désert est plus grand que mon salon

nous sommes assis et nous pleurons
ce qui ne vient pas

le marchand de peaux de lapin passe avec sa carriole
les gitans du désert le dépouillent, ohé !
les arbres rabougris, brûlés
les petits fennecs, le cuir des chameaux
des femmes nous montrent leurs seins secs

nous sommes assis et nous pleurons
ce qui s'est enfui

ce qui s'enfuit chaque jour

soyez patients ! soyez minutieux !
au bout du désert vous trouverez le frigo, la télé !
et des bonheurs plus hauts, oui, vous trouverez !

jamais nos larmes ne rassasieront la terre brûlante
sous le soleil si dur, si fort
jamais nos larmes n'étoufferont
le grand disque doré que nous avions tant aimé

nous sommes assis et nous n'avons plus de larmes

réveille un dieu dormant dessous la
pierre la plus vieille




3
on t'a vu comme un enfant
courir après le soleil

le désert ne brûle plus
la femme-soleil est si bandante, l'onde fraîche qui se répand sans compter
la forêt où se cachent les gentils résistants
pfuit ! un songe
mon âme s'agrandit avec la multiplication des écrans
des connexions, des téléchargements
ce soir resto, non, non

FASTER PUSSYCAT, KILL KILL!
FASTER PUSSYCAT, KILL KILL!
FASTER PUSSYCAT, KILL KILL!

courrais-tu dans les bois pour sauter les petites sauterelles blondes
comme avant ?
les cuisses ouvertes, l'eau fine qui en coule
la pierre froide, l'humus qui digère les ancêtres abrutis
les cèpes, les micro-ondes qui ne marchent plus

tout est stocké

nous offrons des roses en holocauste
et chantons doucement les dieux qui ne peuvent venir
nous les plaignons même
les sauterelles jouent avec leurs statuettes

dans la grotte au pied de la cascade
la vérité du corps, sa grande beauté
et Alzheimer, tu te chieras dessus, oui !
l'intensité de l'effort d'exister
la justesse de ta lecture du monde, sa force surtout

je m'avance sur la grand place
la gloire aveugle l'instant
tu m'aimes autant que peut aimer un monde vide
j'achève toute épopée
Le commentaire de sitaudis.fr Extrait de La dernière épopée, sixième chant.

Par son audace et sa violente traversée du Temps, ce "poème narratif "rend risibles toutes les tentatives de résurrection du lyrisme.

éditions IKKO, 2009
Le site de l'éditeur (Dufeu et Manon)
67 p.
13 €