Le Mont Perclus de ma solitude

Les Parutions

28 nov.
2015

Le Mont Perclus de ma solitude

Est-ce que ce livre relève de la collection poésie de l'éditeur ?
La disposition typographique pourrait le laisser croire, on observe un éclatement spatialiste sur chaque page et des polices très variées, il n'y a pas de pagination (comme si elle pouvait nuire à l'esthétique) mais tout le contenu est du pur récit continu et linéaire, parfois trivial et burlesque, aux antipodes de ce que l'on considère généralement comme poétique.
L'ensemble est donc poétique.
Ou pas car au fil de la lecture la typographie s'avère aussi figurative que celle de la BD ; le narrateur écrivain ressemble à Fred Léal, si proche de lui qu'il est sollicité par les membres d'un club alpin de Toulouse pour accompagner leur randonnée sur le parcours d'un livre publié par lui en 2006 et intitulé Un trou sous la brèche. D'emblée, la voix de la compagne de l'écrivain, mère de son fils, entrecoupe la lecture de la «  lettre amusante » et ne cessera d'être présente, tout au long du livre et souvent au téléphone, dessinant un portrait intime de l'écrivain aussi savoureux que drôle, plausible et cruel.
Les membres du club alpin également, fonctionnent comme lecteurs ou non lecteur-miroirs de l'écrivain, du policier Bernard jusqu'à l'anormalement troublante Bérénice.
Un écrivain mis à nu et en scène, angoissé, démuni, cocasse, geignard, irrité, immature (au sens gombrowiczien), lubrique et en péril pendant que le texte s'amuse avec les désirs du lecteur  et trouble sa perception du jeu entre fiction et réalité. Jusqu'au hors champ où est drôlement évoquée une mission Stendhal de Fred Léal à New-York qui explique après coup l'analogie graphiquée entre l'Empire State et le Mont Perdu.
Autre référence à la poésie, l'escalade du Mont, bien sûr, gradus ad Parnassum (n'oublions pas que Pétrarque fut un précurseur en haut du Ventoux), mais aussi le jeu sur le Mont Perclus (dans le titre à l'emphase décalée)/Mont Perdu, objet de la quête et requête (avec référence d'un livre qui sera retrouvé et … perdu, puis retrouvé en quatrième de couverture).
Dans la syllabe commune à PERclus et PERdu, on peut entendre PERD, ce livre joue à qui perd (l'auteur en son portrait et le lecteur en ses repères), gagne.

Au fil des livres, plus d'une quinzaine depuis 2002, voilà que se construit à bonne distance des media et des critiques une des œuvres les plus singulières, excentriques, inventives et ... accessibles de l'époque, dans la filiation de Sterne et Jules Renard.

 

Le commentaire de sitaudis.fr

Édition P.O.L, 2015
non paginé
18 €