Nous ne jouons pas sur les tombes, Emily Dickinson

Les Parutions

26 sept.
2015

Nous ne jouons pas sur les tombes, Emily Dickinson

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Excellente idée d'abord que d'avoir choisi de présenter et traduire les poèmes écrits par Emily Dickinson sur une seule année, 1863, parce que ce fut la plus prolifique.
Ensuite François Heusbourg a opté pour une traduction extrêmement humble, offrant un appui solide et fiable au lecteur non bilingue.
Dans sa note de présentation, il explicite tout aussi humblement son projet et confie l'avant-propos de cette édition au poète peut-être le plus proche d'Emily Dickinson aujourd'hui, Caroline Sagot Duvauroux.
Sur la page de couverture, la signature autographe d'Emily a la beauté d'une œuvre. Et de sa voix qui nous dit son savoir de la mort (« 
Is exempt from Change ») par-delà la sienne.

Voici les pages 22 (texte original) et 23 (traduction de F.H.) d'un livre qui nous change.

 

 

 

 

I tie my Hat – I crease my Shawl –

Life’s little duties do – precisely –

As the very least

Were infinite – to me –

 

I put new Blossoms in the Glass –

And throw the Old – away –

I push a petal from my Gown

That anchored there – I weigh

The time ’twill be till six o’clock –

So much I have to do –

And yet – existence – some way back –

Stopped – struck – my ticking – through –

 

We cannot put Ourself away

As a completed Man

Or Woman – When the errand’s done

We came to Flesh – opon –

There may be – Miles on Miles of Nought –

Of Action – sicker far –

To simulate – is stinging work –

To cover what we are

From Science – and from Surgery –

Too Telescopic eyes

To bear on us unshaded –

For their – sake – Not for Our’s –

 

Therefore – we do life’s labor –

Though life’s Reward – be done –

With scrupulous exactness –

To hold our Senses – on –

 

 

 


 

 

J’attache mon Chapeau – je replie mon Châle –

Fais les petits devoirs de la vie – avec précision –

Comme si le plus petit

Etait infini – pour moi –

 

Je mets de nouvelles Fleurs dans le Vase –

Et jette les Anciennes – au loin –

Je retire un pétale de ma Robe

Qui s’était ancré là – je pèse

Le temps qu’il y a jusqu’à six heures –

J’ai tant à faire –

Et pourtant – l’existence – il y a peu –

A arrêté – frappé – le cours – de mon horloge –

 

On ne peut se débarrasser de Soi

Comme un Homme accompli

Ou une Femme – Une fois la course faite

Nous avons pris Chair – là-haut –

Il y a peut-être – des Kilomètres et Kilomètres de Rien –

D’Action – encore plus malade –

Simuler – est un travail cinglant –

Pour cacher ce que nous sommes

A la Science – et à la Chirurgie –

Des yeux trop Télescopiques

Pour se porter sur nous sans ombrage –

Pour leur – bien – Pas pour le Nôtre –

 

Ainsi – nous faisons les tâches de la vie –

Bien que la Récompense de la vie – soit rendue –

Avec une scrupuleuse exactitude –

Pour maintenir nos Sens – en éveil –

 

 

 

 

Le commentaire de sitaudis.fr

éditions Unes, 2015
134 p.
21 €