Eve Gramatzki de Philippe Boutibonnes

Les Parutions

21 déc.
2011

Eve Gramatzki de Philippe Boutibonnes

Plasticien et microbiologiste, Boutibonnes est aussi un écrivain bien connu de ses pairs, homme de grande culture littéraire et philosophique, reconnu depuis la parution de LE BEAU MONDE, recensé sur ce site par Bruno Fern.
Ce livre plus récent est une adresse pleine de gratitude et de lucidité sensible à une amie disparue (1935-2003), c'est aussi une méditation sur l'œuvre de celle-ci, composée à partir de deux textes écrits en 1994 et en 2011.
Une dette est dite dans des termes qu'on n'oubliera pas :

nous sommes débiteurs à l'égard des morts, à l'égard de ceux qui nous ont quittés, nous abandonnant pauvrement vivants et inapaisés, coupables - oui, coupables - de n'avoir pas su les convaincre de continuer à vivre.

Cette culpabilité suscite une énergie puissante qui relance la correspondance impossible entre les deux artistes, pour une dernière fois peut-être écrit Boutibonnes, et la reprise de l'énigme stimulante qu'est pour l'artiste ou le chercheur, le travail d'un pair. Et pourtant

De la vie d'Eve, je ne sais presque rien. Et moins encore de sa mort soudaine et violente.

Mais il sait l'essentiel
les images de l'artiste amie telle la scène furtive et hallucinatoire
qui relègue dans l'oubli les images de la petite enfance.
les lieux où elle vécut et travailla
ses lectures (Duras, Beckett, Hölderlin)
ses gestes et techniques
ses animaux et ses cris de désespoir
la Tradition dans laquelle elle s'inscrit, ses sources
ses lettres et ses signes
ses œuvres enfin qu'il évoque avec le souci de la matière, de l'infime côté savant et la profondeur de champ, côté artiste fraternel :

Eve est intacte et inentamée dans le moment et le mouvement du dessin.

Le texte suivant, plus ancien de 9 ans, tient à un fil attachant, à une ombre, à un même fond inquiet et à un pressentiment, à une douleur.
Une telle écriture n'a pas besoin d'une quelconque reproduction des œuvres ; il y a tout de même des images, une photo d'Eve dans son atelier parisien par Jacques Martineau, une photo de son atelier dans l'Ardèche par elle-même et une reproduction d'une lettre autographe adressée à Philippe Boutibonnes.
La science et l'art de celui-ci éclatent dans ce livre où il donne le sentiment de la plus haute compréhension, celle qui surmonte la perte, l'angoisse, le négatif : sachant tout ce qu'un moderne doit savoir en matière de désenchantement, il n'en revient littéralement pas d'avoir vu et ramené du cœur même du néant
la danse joyeuse des particules et des photons
elle rejaillit sur l'artiste et ses œuvres, l'une comme les autres in absentia.
Et, of course, à jamais présente(s).
Le commentaire de sitaudis.fr éditions L'Ollave, 2011
64 p.
14 €