Œuvres poétiques de Patrick Dubost, tome I par Alain Hélissen

Les Parutions

02 févr.
2013

Œuvres poétiques de Patrick Dubost, tome I par Alain Hélissen

Commencée au début des années 80, l’œuvre poétique de Patrick Dubost figure aujourd’hui parmi les plus marquantes de la poésie contemporaine. L’idée de réunir en un volume trois ouvrages qui étaient devenus introuvables va permettre, en revisitant ces textes « de jeunesse » et au regard de ceux qui les suivront durant ces trente dernières années, de constater l’unité profonde de cette œuvre. Le présent triptyque rassemble Le cas Anton , écrit à l’été 1980, Quentin Beaumatin, publié en 1995, et Bleu ! Bleu ! Bleu !, paru une première fois en 1995 (réédité en 1998). Trois textes s’inscrivant dans une réelle proximité. On y retrouve des figures parlantes surgies de nulle part et qui semblent n’être constituées que des mots qu’elles prononcent, à travers un jeu de miroirs et de dédoublements. « Tout promeneur est incertain et ne trimbale avec lui, dans sa bouche indécise, que de petits morceaux d’un affolement général », peut-on lire dans Quentin Beaumatin. Les textes de Patrick Dubost jouent une partition polyphonique composée de voix diverses qui n’appartiennent pas vraiment à autant de personnages mais ne font que libérer des sons et des images extirpés du creuset commun de la langue. On retrouve aussi, à l’œuvre dans ces trois écrits, l’univers chaotique, fatras sans nom de pensées amassées depuis la nuit des temps et mises en bouche indifféremment, d’un personnage à l’autre. Lu encore, dans Quentin Beaumatin : « j’empile des milliers de mots et d’images sans jamais effleurer ce qui est en jeu » (…) « des constructions dérisoires et branlantes, une brocante habitée. » Si l’humour côtoie parfois cet univers où dérisoire et absurde se disputent les rôles sur fond de folie, c’est sans doute la mort le personnage le plus omniprésent dans l’œuvre de Patrick Dubost. Ainsi que le relève Philippe Labaune en postface, il n’y a guère qu’une lettre de plus entre « mot » et « mort ». « Chaque jour s’élargit autour de moi un territoire réservé à la mort » (Bleu ! Bleu ! Bleu !) La mort qui surprend Quentin au beau milieu d’une phrase. Il sera absent à son propre enterrement. Auparavant, il était né plusieurs fois dans des lieux différents. Dans Bleu ! Bleu ! Bleu ! le personnage du passant n’arrête plus de tuer la même personne. Acteurs et lieux interchangeables. Le théâtre, depuis quelques années, s’est accaparé certains des textes de Patrick Dubost. Mais ceux-ci appartiennent d’abord au registre poétique. Dans la multiplicité des voix et de leurs dédoublements il n’en résonne qu’une seule, celle d’un poète qui n’a pas fini d’en découdre avec les mots de la tribu des parlants.