Ce sont des apostilles de Maxime Actis par Bruno Fern

Les Parutions

26 oct.
2016

Ce sont des apostilles de Maxime Actis par Bruno Fern

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Loin de tous ceux qui prétendent incarner la nouveauté tandis qu’ils ne font que répéter (avec, le plus souvent, un taux élevé de déperdition) ce que faisait déjà Christophe Tarkos il y a vingt ans ou ce que fait aujourd’hui Charles Pennequin (pour prendre des exemples qui ont particulièrement la cote ces temps-ci, les deux écrivains cités n’étant évidemment pour rien dans ce suivisme), voici un jeune1 auteur dont le premier ouvrage semble prometteur.

En effet, il y a dans ce petit livre la prise en compte de quelques éléments qui me paraissent essentiels. Liste non exhaustive : tout d’abord, la composition de l’ensemble, véritable suite ayant son unité formelle (« ce sont des apostilles, addendum au singulier, addenda au pluriel : des ajouts. ») et « thématique » (le fil conducteur de la nuit, conçue à la fois comme emblématique d’une opacité à laquelle l’auteur tente de donner forme et comme bain révélateur de ce qui passe ordinairement inaperçu), ce qui n’exclut pas la variété des « objets » dont il est question, des rainettes et des « copains qui jouent les chiens » jusqu’à Fra Angelico ; ensuite, justement, un heureux mélange des registres, du trivial au dit savant (« ayant lu onyx dans les toilettes / j’ai traduit longtemps Mallarmé et de plusieurs manières / du français au français »), à l’opposé de toute épuration, encore très pratiquée par les adeptes du poétiquement correct; enfin, un phrasé calculé, échappant aussi bien au vers lambda qualifié de libre mais qui se résume trop fréquemment à un découpage de grammaire fonctionnelle2 qu’à la logorrhée non ponctuée qui fait parfois illusion lors du passage à l’oral.

En dernier lieu, il faut également souligner que l’attention dont Maxime Actis fait preuve dans son écriture, y cherchant « la formulation exacte des choses qu’on ne perçoit pas habituellement », ne l’empêche pas de mesurer avec lucidité à quel point le périmètre d’action du poème ne peut être que restreint :

 

un poème, mon cher Jack3 ça ne sert à rien, un poème
ça ne sert à rien, deux poèmes qui sait
j’ai envie de les empiler et d’en faire un tas
même si à la fin le risque est une certaine
incompréhension de la réalité
travailler la patience pas la discipline
le détail seulement

 

 

 

 

1 Maxime Actis est né en 1990 : http://seriediscrete.com/auteur-maxime-actis/
2 Cf. La vieillesse d’Alexandre de Jacques Roubaud, dont les analyses sont toujours d’actualité, hélas.

3 Spicer.