il Particolare, dix ans déjà par Ronald Klapka

Les Parutions

27 juin
2009

il Particolare, dix ans déjà par Ronald Klapka

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La revue semestrielle dirigée par Hervé Castanet, qui comme le rappelle Philippe Mengue, « vient de la psychanalyse » lorsqu'il évoque dans le n° 19/20 Klossowski, la pantomime des esprits (éditions Cécile Defaut), cette belle revue, marseillaise en sa provenance, sous-titrée : art, littérature, théorie critique, vient donc de franchir le cap de sa dixième année d'existence. La ferveur qui n'a d'égale que l'abnégation, de Françoise Santon, co-directrice assumant le secrétariat de rédaction n'y est évidemment pas pour peu, qui pour être sensible au « particolare » n'en est pas moins vigilante à l'extrême pour ce qui est du « dettaglio ».

Alors, au « hasard » du dernier sommaire, quelques aperçus.

De la plasticienne Florence Louise Petetin, éloge de la continuité, je me souviens d'un retentissant « Je vais au travail comme à l'abattoir (éloge du bureau) » dont la relecture (n° 9 & 10) n'est rien moins qu'insurrectionnelle ! L'entretien qu'elle a avec Jean-Pierre Cometti, procède de la même exigence sous des « dehors » en apparence plus apaisants : un monastère bénédictin, le paysage. Elle dit : « Récemment je regardais des paysages de Corot. Pourquoi étaient-ils si beaux ? On sentait le vent et, comme sur sa peau, comme suffoquant, la chaleur de l'été ». Les encres reproduites en fin de volume donnent à entrer de cette manière dans les paysages de l'artiste, tandis que Frédéric Valabrègue déploie en mots les archipels de cette peinture-poésie.

Un gros cahier central est réservé au poète Jean-Luc Sarré, avec les textes des amis et connaisseurs de sa poésie, réunis par Jean-Pierre Boyer, et des dessins de Serge Plagnol. Citer Bernard Noël, Pierre Chappuis, Jean-Baptiste Para, Catherine Brun, Gilles Ortlieb, Emmanuel Laugier, Catherine Brun, Alain-Christophe Restrat, Anne-Christine Royère, Christophe Fourvel, Christian Garcin, François Zénone, Nicolas Cendo c'est donner la mesure des affleurements réciproques. En témoignent à l'envi les « notes de carnets », 1992-2007 de Christian Garcin, alors qu'Anne-Christine Royère situe entre deux dates : Extérieur blanc (1983), Journées immobiles (1990), le « Devenir poète, faire saillie », mais c'est avec La poésie, comme un récit, que j'entreprendrais, lecteur novice, l'exploration de ses thèmes avec Catherine Brun, pour connaître une « poésie elliptique, alerte, trouée, une poésie qui refuse de trancher, une poésie héritière d'un choix impossible, une poésie, comme son auteur, métèque, définitivement.

Après quoi, libre à lui, d'approfondir tel ou tel thème (vert caché, ou menus riens) ou livre : Rurales, urbaines et autres, etc.
Ou encore de s'inspirer des premiers vers de Tardives :

Soixante-dix grammes, soixante-quatre pages,
« Brouillon ». Et dans ce mot réside
quelque chose comme un appel d'air.

Je me demande comment dans le prochain numéro David Christoffel qui est virtuose de la chose, en donnera les « relevures » ou comme ici à propos de la précédente livraison (n° 17 & 18) « La Tablaté » qui (se) joue des références et de l'irrévérence : « ainsi, dit-il, les théories sont des cortèges, pourquoi pas des moments où on sait pourquoi on suite ! »
Je ne citerai pas tous les noms des contributeurs, je renvoie au sommaire . Je souligne cependant l'éminente place donnée à La mente irretita / La Pensée prise au piège, de Michele Tortorici, traduit de l'italien par Danièle Robert. (Le livre est publié en Italie aux éditions Manni) :

J'aimerais recopier en entier : Les mots que j'ai lus, je garde :

C'est une machination subtile que je perçois si me reviennent
à l'esprit les mots que j'ai lus et que j'ai traversés dans ma vie,
je le sens aujourd'hui, une heureuse
imposture, un horizon
de papier, chaud pourtant
comme une soirée très calme quand [...]

Et bien sûr en vis-à-vis :

C'è un sottile raggiro che avverto se mi tornamo ...

Je laisse le mot de la fin à Hervé Castanet : sinthome, qui ravira thomistes, joyciens et lacaniens, mais également les lecteurs de Christian Prigent pour la formule (la définition forte) : la poésie est symptôme. Et le psychanalyste de conclure, et nous avec : l'âme (l'identité supposée du corps) est le nom de ce sinthome qui fait que la poésie, prise à la lettre, a encore de beaux jours.