D'après nature, poème élémentaire de W.G. Sebald par Ronald Klapka

Les Parutions

26 nov.
2007

D'après nature, poème élémentaire de W.G. Sebald par Ronald Klapka

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W.G. Sebald est, s'il l'est, plus connu pour ce que Muriel Pic appelle ses « montages littéraires » et qui ont valu reconnaissance internationale dès la parution des Emigrants. On sait que la carrière littéraire cet écrivain de langue allemande exilé dès 1966 a été fort brève, puisque Sebald a publié tardivement (1988) et que sa mort prématurée survenue suite à un accident en 2001 nous a privés d'une intelligence et d'une écriture hors pair.

Aujourd'hui, Actes Sud publie D'après nature, Poème élémentaire, un triptyque dans lequel les vies de Mathis Grünewald, du botaniste et explorateur W.G. Steller et des moments fondateurs de l'existence de Sebald expriment les thèmes essentiels de l'œuvre comme s'ils en frappaient les trois coups. Il s'agit en effet de la première publication (Nordlingen, éditions Greno, 1988) ; la traduction anglaise surviendra en 2002, et c'est Sibylle Muller et Patrick Charbonneau qui permettent au lecteur français d'accéder à cette œuvre majeure, en attendant les fragments et essais de Campo Santo.

Qui a lu De la destruction comme élément de l'histoire naturelle, sait à quel point Sebald s'est élevé contre le motus vivendi qui s'est emparé de la parole publique comme privée dans l'Allemagne d'après 1945.

La troisième partie du poème revient sur ce fait massif, et en appelle aux œuvres picturales d'Altdorfer (Loth et ses filles, La Bataille d'Alexandre) pour ouvrir sur la méditation qui court les deux autres volets, avec la place centrale prise par le retable d'Issenheim pour l'un, par la soif de connaître et d'explorer de Steller de l'autre.

Ainsi sont « établis des ponts par delà les époques et les continents » (P. Deshusses, Le Monde, 21/10/99) qui confèrent au poème sa mélancolique unité, mais aussi sa vitalité, celle des aspirations créatrices, qui conduisent, par exemple, au sein de la violence, dans l'affrontement aux éléments parfois déchaînés, à la découverte du passage du Nord-Ouest :

Dans la nuit parfois
la mer luisait
et aux voiles éclaboussées
par les crêtes des vagues restaient fixées
les étincelles de la lumière. (47)