Le Garçon Cousu de Liliane Giraudon par Frédérique Guétat-Liviani

Les Parutions

28 nov.
2014

Le Garçon Cousu de Liliane Giraudon par Frédérique Guétat-Liviani

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Le Garçon cousu    c’est du théâtre au sens large    et seulement le blanc du livre   un souvenir du poème    il a été écrit dans le deuil et le rejet du poème   comme objet savant et réservé    dans la mélancolie des livres pour enfants…dit Liliane Giraudon.

 

Pour ma part   j’ai lu Le Garçon cousu comme on lit un livre de contes.

Un conte en six tableaux    peuplés d’ombres    de monstres   de fantômes.  

Pas de personnages    rien que des voix   qui circulent sur un plateau.

Les noms portés ont été gommés (ou dégommés ?)   il reste quelques prénoms.

Huguette…Hélène…prénoms dont  l’initiale   est la lettre muette   entre les muettes.

Pourtant les voix   on les entend   mais seulement en-dedans.

Franz  qui lui aussi   a perdu son nom    constate  que l’amputation

n’a pu faire taire Didascalie.

Les voix sont celles des englouti(e)s : peuples entiers   amoureuses éconduites   

sorciers androgynes    folles furieuses…

Confrontées aux tourments du monde   elles devront surmonter l’épreuve du livre.

C’est à ce prix   qu’elles s’uniront aux corps des revenants.

Mais le plateau est un territoire  et l’occupation du corps des femmes    toujours aussi violente.

Les monstres sont banals   l’auteur dit qu’ils ne peuvent se passer de compagnie.

Marins parfois    ils aspirent les restes d’humanité   tandis que leur firme déverse

le Noir animal  dans le port.

Les bêtes indomptables côtoient les domestiques et les poétesses complotent avec les ombres. C’est pour cette raison qu’elles soliloquent   il est  parfois préférable de se faire passer pour dingue…le bûcher n’est jamais très loin.

D’ailleurs on retire déjà les livres des rayons   et le directeur du Centre Canin menace de lâcher les chiens.

Cependant   Nietzsche  Horace   Sade et Racine  prennent le temps de faire des digressions   en compagnie des poétesses anonymes.

L’armée des ombres tente de faire sauter les résidences   d’écriture    ou de personnes âgées  

peu importe  ce qui compte c’est la liberté !

Pour accompagner la révolte  les transformistes échangent leurs souliers.  

Mais la répression ne va pas tarder.

Le temps s’accélère   les voix sont des numéros   des chiffres sacrés qui partiront bientôt en fumée.

…les jeunes sorciers lorsqu’ils étaient beaux flambaient plus vite que les autres…

Pour un impeccable tombé    Le costume du garçon est cousu à même la peau.

Les lamproies excellent dans l’exercice des pertes et profits   les peuples sans langue assistent muets à la spoliation.

Les vies décousues emportent avec elles    amours et secrets de coléoptères.

A la fin du livre   on assiste au réveil de la vieille veuve.

Trop tard.