Revue Faire-Part n° 34-35 par Katy Rémy

Les Parutions

05 mars
2016

Revue Faire-Part n° 34-35 par Katy Rémy

 

 

La revue Faire-Part présente les poètes dans leur environnement, et avec leur complicité.

Etape moins prestigieuse que les Cahiers de l’Herne, Faire-Part joue néanmoins par son format quasi-carré, et l’amplitude de ses approches, un rôle utile pour comprendre les enjeux de la poésie actuelle, bien que les femmes n’y soient pas encore invitées, je pense notamment à Liliane Giraudon…

 Le numéro 34/35, Gil Jouanard contemplateur itinérant est particulièrement bienvenu pour éclairer cette écriture du paysage et de l’engagement, du repli et du voyage, et l’activité institutionnelle n’a pas réussi à éteindre le désir poétique.

32 intervenants, et surtout le 33°, lui-même, qui se présente en pied, qui rédige sa propre biographie, son incontournable généalogie.

Gil Jouanard (1937) est entouré de poètes. Il a sens de l’amitié, la discrétion de celui pour qui un carré d’herbe verte est préférable non pas à l’espace du monde, mais aux tapis rouges !

Ce sont donc des amis qui ont offert à G. J. des poèmes, des textes, des photos, des dessins, des peintures. Treize anciens, et une douzaine de contemporains de son écriture, depuis la première plaquette en 1966.

Seuls se distinguent Christian Arthaud quand il analyse l’œuvre, celle qu’il a engrangée dans sa vaste bibliothèque à seule fin semble-t-il de s’y mettre aujourd’hui pour une lecture raisonnable, Jean Louis Elzéard qui s’attache à sa (dé)marche photographique, enfin le long entretien de G. J. avec J.G. Cosculluela.

Ici, la poésie est un paysage plus réel que mental, une poésie photographie commune à plusieurs des auteurs. Cette poésie qui s’est faite en marge de l’expérimentation (surréaliste, oulipienne, structuraliste, des groupes de poésie sonore qu’il accueillit à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon, du mail art, de Fluxus, de la beat generation ..) et que l’on voit resurgir aujourd’hui, comme la représentation du street art. Comme une autofiction mentale. Qui prosaïquement s’attache à regarder comment se fait l’acte d’écrire plutôt qu’à produire un chef d’œuvre. Non seulement héritage des poètes précédents, mais également produit de l’Histoire contemporaine. Ancrés dans leur terroir ces écrivains sont des provinciaux, parisiens de la première génération. Des immigrés et des voyageurs. Leur art poétique échappe à une esthétique savante et tente de réconcilier une grande culture ouverte à tous et un exercice de mémorisation d’une actualité souffrante.

Une bonne raison pour se procurer ce numéro qui ne satisfera sans doute pas une bonne partie des lecteurs de Sitaudis habitués à plus de hardiesse.