Une Nouvelle célébration, Portrait(s) de Chongqing de Pierre Vinclair et Patrick Wack par Matthieu Gosztola

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09 mars
2014

Une Nouvelle célébration, Portrait(s) de Chongqing de Pierre Vinclair et Patrick Wack par Matthieu Gosztola

 

Livre où vit (et non se vit) une communauté. Communauté impossible, écrit quelque part Pierre Vinclair. Impossible mais néanmoins advenue. Par les photographies, bien sûr – devant lesquelles on s’arrête, comme de stupeur.

 

Par les photographies de Patrick Wack, mais également par le poème.

 

Le poème s’ouvre mais pas bcp

 

S’entrouvre juste assez pour lais

 

Ser passer

 

Les corps les corps les corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps corps les visages

 

Visage visage visage visage

Toujours singulier    visage

 

Le poème s’entrouvre suffisamment pour laisser

 

La cohue

 

Passer

 

Avec nous qui passons

 

Passer la cohue & avec elle

Tout ce qui fait la singularité de Chongqing

 

1) L’omniprésence de la densité et

Du mystère de l’eau

A.l.e.n.t.o.u.r

 

(Mouvement de l’eau

Que prend en charge

Pour lui laisser la vie                                     – toute la vie mais nous

 

L’écriture)

 

Comme le résume

Wikipedia

 

« Située à l'extrémité nord

Du plateau du Yunnan-Guizhou 

 

& à la limite orientale du bassin

Géologique du Sichuan

 

Chongqing est cou

Pée par la rivière Jialing 

 

& le cours supérieur du fleuve Yangzi

Jiang (nommé aussi autrefois le Yang

 

-Tsé)

 

À l'est de la ville proprement

Dite commence le réservoir du 

 

Barrage des Trois Gorges

Les provinces voisines sont le Hubei (à l’est)

 

Le Hunan & le Guizhou (au sud)

Le Sichuan (à l’ouest) & le Shaanxi (au nord) »

 

2) Les particularités climatiques que l’

Activité des hommes rend      criantes

 

« Les hivers sont courts

& doux

 

Mais humides

& nuageux »

 

brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouillard brouil

 

Lard

 

Ne

Pas

(Plus)

Penser

 

À

La

Pol

Lution

 

(Prier pour les « jours de ciel bleu »)

 

Comment Pierre Vinclair a-t-il fait pour faire s’entrouvrir le poème ?

? En s’effaçant

 

: le poème veut s’entrouvrir

 

, mais il peut s’entrouvrir

ssi il est vidé de nous.

 

Le poème arrivé devient

, dans le moment où il arrive

, instrument

De dépersonnalisation

 

Instrument par quoi se vit

La.perte.de.soi

 

Le poème est ce par quoi le soi

Peut s’effacer

                                                                        I.n.t.é.g.r.a.l.e.m.e.n.t

Le poème est le jeu

Par quoi le « je » peut se trans

Muer

En Multitude

 

Le soi s’efface pour ()être()

Cacophonie

 

Pour-être-pour-devenir ce qui n’a pas de forme

Autre que l’informe

 

(Informe 

: masse – néanmoins – tenue ensemble

 

  au moyen de la structure rigoureuse

  du poème)

 

Le soi part

Pour être

La ville

 

Le poète est le fou tel qu’ici décrit (& l’on comprend à quel point les ponts entre Vinclair et Ivar Ch’Vavar sont nombreux) :

 

« , dit le fou, / que personne n’entend // les voitures les gros camions / les taxis les débroussailleurs / les VTT et les poussettes / le pas léger de deux cambrioleurs / une phrase légère emportée par le vent // je les entends // en passant ils appuient / un par un sur les piliers des autoroutes / imperceptiblement // et moi / crucifié à l’arbre de fibrociment / j’entends l’ébranlement des touches accordées / la vitesse du vent, les arpèges multipliés des échangeurs et des voies sur cinq temps, le scooteur sur l’autoroute ouest qui fait écho au nord aux camionnettes de déménagement, les trois marcheurs des escaliers, l’oiseau posé sur une branche du chêne (que la municipalité a planté récemment) // les graves les aigus / accords désaccordés dans le tympan / piano abrutissant, l’âme est une harmonie évacuée du corps de lyre et cordages en ciment, ponts suspendus traversés par le vent, harmonie enlevée, répandue dans la ville comme un murmure flottant // le fou entend la symphonie du monde : la ville l’avale et recrache son chant. Il perd son "je" »

 

Mais il faut se reporter à la traduction anglaise du texte pour saisir

 

Le sens

 

Tout le sens

 

De ce qui vient d’être

 

Dit

 

(& l’on comprend ainsi combien cette traduction fait partie intégrante du recueil, augmentant le sens du texte français ; l’on comprend ainsi à quel point traduction, photographies et poèmes narratifs in french sont les différents courants d’une même force)

 

« , said the mad man / , that no one hears / the cars the big trucks // the taxis the swampers / the mountain bikes the pushchairs / the light step of two thieves / a light phrase gone with the wind / i hear them // passing they press // one by one / on the pillars of the motorway / imperceptibly // and I / crucified to the tree of fibre cement / i hear the upheaval of the keys in tune the speed of the wind, the multiple arpeggios of the interchanges and of the five beat lanes, the scooter on the west motorway that echoes to the north at the removal vans, the three stair walkers, the bird placed on a branch of an oak (that the municipality recently planted) // the deep the high / chords discordant in the eardrum / deafening piano, the soul is an evacuated harmony of lyre corps and cement rigging, suspension bridges pierced by the wind, harmony brightly played, spread throughout the city like a murmur floating the madman hears the symphony of the world: the city swallows it and spits out its song. He loses his “I” »

 

Oui, par le poème, le « je » devient minuscule. Devient « i ». Le « I », pourtant de rigueur, est – enfin – aboli.