Nous allons quitter le rêve des Lumières par Nicole Caligaris

Les Incitations

24 avril
2006

Nous allons quitter le rêve des Lumières par Nicole Caligaris

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1
À partir du 2 mai 2006, l'Assemblée Nationale examinera le projet de modification du Code de l'Entrée et du Séjour des …trangers et du Droit d'Asile (CES…DA).

http://www.legifrance.gouv.fr/html/actualite/actualite_legislative/pl_immigration_integration.htm

Le 2 mai 2006, nous quitterons le rêve des lumières.
Nous le quitterons au moment même où sa dépouille se visite, bien sapée, dans un silence de frigo, corps grandiose exposé entre les hauts piliers de la Bibliothèque de France ; nos savants s'y succèdent pour prononcer au micro ces éloges qui sont nos adieux : Lumières ! un héritage pour demain.
Nous savons que notre droit nous permet de répudier une succession.
Et nous quitterons le rêve des lumières, en deux, trois jours le col sera passé : le plus gros est fait. Une fois expulsés les malades, sauf urgence, une fois aspirés les faibles économiques dans le siphon des déboutés où ils sont déjà bien enfoncés, une fois maintenus les salariés à distance de leurs gosses et sous la menace de l'expulsion au moindre mot qui fâche, une fois égarés les torturés dans les chicanes des subtilités linguistiques, ce que nous avons largement commencé d'accomplir, nous pourrons, là-haut, fléchir notre genou, pousser notre soupir et lâcher un sanglot.
Faits à l'idée que l'homme est une ressource, décidément dressés contre l'activité du songe, nous, affranchis du rêve des lumières, nous pourrons adopter l'esprit du siècle où nous entrons, efficaces que nous sommes. À travers nos lois que nous voudrions libres d'esprit, nous allons voir ce qu'il nous reste à désigner par ìdroit d'asile" et ce que nous voulons mettre dans ce lendemain que nous fondons de notre main trieuse d'hommes.
Car si nous refusons beaucoup de monde, si nous épuisons nos forces de Sisyphes à refuser tout ce monde qui n'arrête pas d'affluer, nous savons aussi dire OOOOOOOOOOOOUUUUUUUUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII.
Notre ìoui" se prononce L 315-1.
Art. L. 315-1. - La carte de séjour « Compétences et talents » est accordée à l'étranger susceptible de participer, du fait de ses compétences et de ses talents, de façon significative et durable au développement économique ou au rayonnement, notamment intellectuel, culturel ou sportif de la France ou du pays dont il a la nationalité. Elle est accordée pour une durée de trois ans. Elle est renouvelable.
Joker de la résidence permanente, joker du regroupement familial, joker de l'activité professionnelle à volonté, notre ìoui" de seigneurs accordé aux cerveaux choisis par nous, dont quelques-uns que nous nommerons officiellement artistes pour leur utilité à notre source de lumière.
D'avoir trouvé ce ìoui" spécial, nous rend capables d'escamoter toutes les entraves. Nous n'en sommes pas peu fiers. Nous ferons entrer des compagnies d'étoiles à l'intérieur de notre ciel fermé, comme ça, nous pensons l'hospitalité par le haut, nous sommes les tamiseurs des ocres et notre crible est fin, nous sommes capables de nous râper les doigts pour aller sauver du sable la particule de mica utile à notre rayonnement, pendant que le gros reste tombe.
Ce ìoui" de permission particulière, nous l'avons hérité de l'église, dont nous acceptons l'honneur de perpétuer le système des indulgences, car c'est notre lendemain de rêve, ça, la perpétuité de notre pouvoir d'attribuer. C'est ce que nous appelons notre rayonnement, cette façon de s'enduire les paumes de miel pour s'entourer d'amis, polis à notre égard, correctement formés aux critères de notre administration, médiatiques, chargés d'atouts, si possible dociles dont nous, les paumes pleines de suc, nous sommes sûrs de rester le centre lumineux.
Ce que nous prenons pour le soleil, nous, c'est un petit centre digestif, diminué, lâche, obsessionnel de la consommation, par-dessus tout de la consommation humaine, qui ne travaille plus comme il faut et pas sans mauvais bruits. La nouveauté, c'est que nous savons mettre la main devant la bouche, à présent, et transformer en ìoui" poli le grondement suspect des renvois.
Pendant que nous nous concentrons sur le soleil pâlichon de notre estomac, nous ne voyons pas qu'il ne s'agit plus de penser le centre, que l'univers est plus large que le petit système organisé autour d'un astre autour duquel tout tourne, que le centre, où prennent appui toutes les forces, a été relevé par mille foyers de conscience.
Nous ne voyons rien du rayonnement, qui tient aux circulations contrariantes des hommes entre les mille foyers rapidement changeants qui captent la lumière.

http://www.contreimmigrationjetable.org/