(Re)partir de la division par François Huglo

Les Incitations

28 févr.
2017

(Re)partir de la division par François Huglo

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Dès les quatre premières lignes, la question est canalisée par l’usage du singulier : la poésie, le poème, le poète, figures d’une unité, d’une solidarité, d’une force perdues qui auraient imposé (où ? quand ? comment ?) crainte et respect. D’une indivisible « armée », d’un « peuple » fût-il « sans peuple », d’une « communauté » fût-elle « négative ». Jean Birnbaum nourrit cette nostalgie d’une unité fantasmée, aussi illusoire dans le champ poétique dont Jean-Pierre Bobillot observait la « balkanisation » dès le XIXème siècle, que dangereuse dans le champ politique (« Ein Volk, ein Land, ein Führer », ou « rencontre d’Un homme et d’Un peuple »). Philippe Beck ne remet pas en cause cette unité, mais propose d'expliquer sa perte par « la relégation entretenue des voix poétiques qui effleurent la surface de la vie publique ». Et, en conclusion, appelle la « bonne volonté » à entretenir la « sincère nostalgie ».

 

Et si nous partions de la division, non comme perte de l’unité mais comme addition, produit, synergies multiples de forces diverses ? Combien de divisions ? Allons-y, comptons. Mesurons… la difficulté de clore l’énumération. La poésie à l’école (du conte à la comptine, de l’enseignement de l’histoire littéraire à l’étude de textes). La poésie à l’université (colloques, thèses et autres publications). L’édition de la poésie. La poésie dans les médias (l’ouvrage de Céline Pardo La poésie hors du livre (1945-1965) pourrait être continué). La poésie en performance, en vidéo. La poésie sur le net. La poésie avec la musique, avec la danse, avec le cinéma. La poésie en chair et en os, la poésie élémentaire. Etc. !

 

En même temps que ses éditions « Les contemporains favoris » au début des années 90, Didier Moulinier lançait cet appel qui reste audible aujourd’hui : « Amateurs de littérature, le mot d’ordre n’est plus "unissez-vous" mais "dispersez-vous" !