A la queue leu leu (The line) de Raymond Federman par Samuel Lequette

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01 juin
2008

A la queue leu leu (The line) de Raymond Federman par Samuel Lequette

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la
queue
était
le
résultat
de
tous
les
événements
qui
s'y
passaient


Long récit pas très large sera le genre de ce livre ni roman ni poème, adapté et traduit de l'anglais (U.S.) par Stéphane Rouzé. A la queue leu leu / The Line est une nouvelle aventure typographique et linguistique enroulée en français et en anglais. Histoire littorale et iconographique de la textualité, dont les protagonistes immédiats sont des mots dans une queue qui est une phrase.

A la surface instable et fourmillante d'un bloc de prose en petits caractères grisés, deux et trois bandes étroites de texte défilent simultanément de haut en bas et de gauche à droite et dans tous les sens. Mot à mot. Lettre à lettre. Pas à pas. Formes noires saillant sur fond latent de formes grises. Formes grises saillant sur fond latent de formes noires. Français sur anglais. Anglais sur français. Jeu, lutte et liaison. Intersections, surimpressions, effacements. Blancs.

A la queue leu leu / The Line est le récit entropique, libre et désorientant, d'un resserrement inéluctable et vain dans le système fonctionnel de la langue et ses lois. Points d'interrogation et d'exclamation, bulles BD, flèches et cible, zigzags, labyrinthes et pyramides, lune et planètes, éclairs, sont autant de motifs qui construisent un dispositif typographique ludique rythmant avec humour et clins d'œil de multiples interactions (iconiques et pas) entre le plan thématique et les différents plans médiatiques du langage. Empreintes digitales et de semelles (rangers et talons), pattes de chiens, sont en même temps les traces de la queue, de l'écriture et de la lecture (lire = marcher) dans la matière plastique du texte et le grain du papier Centaure.Traversée d'une flèche de langue et de temps dans l'espace imprimé de la page. Récit d'une digression (au sens plein, c'est-à-dire concrètement, spatialement et métalinguistiquement).

Arrêts, piétinements, soubresauts, bousculades. C'est le drame - anticipations et rétroactions - du sens dans l'acte de sélection et les hasards de l'écriture. Généralement calme et sans histoire. Changeant sans cesse d'humeur et d'aspect. La queue se troue, s'allonge, serpente, trace des chemins, s'amincit, double en épaisseur, prend en étau, devient lâche et molle, fluide et souple, belle et flexible, laide et pleine d'animosité, tantôt joyeuse vivante et enjouée, tantôt triste sombre lugubre et angoissée. Cependant toujours décente.

Représentation et récit, cette queue sans queue ni tête (néanmoins vertébrée) qui ne mène nulle part a une syntaxe et une structure sociale divisée en classes et catégories : sexes, races, ethnies, opinions religieuses. Les queueurs ou suiveurs attendent sans savoir pourquoi, se déplacent pour le plaisir d'aller de l'avant, font des allers-retours, discutent avec de vieux amis, des voisins, des parents éloignés, des oncles ou des cousins, colportent des ragots, racontent des blagues, adoptent des rôles et des identités variables, font de nouvelles connaissances, s'entraident, se rassemblent et se regroupent pour constituer tantôt une réunion d'amis ou une grappe humaine, tantôt une assemblée générale, un débat, une chorale ou un match. Jusqu'au retour au foutu et malheureux ordre alphabétique :

abcde
fghij
klm
nop
qrs
tuv
wx
y
z