L'ouverture de la pêche de Jacques Barbaut par Samuel Lequette

Les Parutions

18 avril
2006

L'ouverture de la pêche de Jacques Barbaut par Samuel Lequette

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A la pêche au Barbaut






« Je suis insaisissable dans l'immanence. »

P.K.



L'ouverture de la pêche est un livre de bric et de broc : comptines, non-sens, chansonnettes & historiettes, fragments littéraires, pastiches, listes, je-me-souviens, montages, alambiquages, acrobaties typographiques, poèmes à voir et à entendre. Une collection de procédés hétéroclites pour l'œil rivé au détail. Peut-être l'une des compositions textuelles les plus étonnantes, depuis les livres de Maurice Roche, pour qui considère ces pièces dans leur ensemble. Aux antipodes de certains travaux récents d'éparpillement du texte, souvent assez laborieux, le livre de Jacques Barbaut se singularise par son humour et son extrême vivacité formelle.

Quelle sorte d'ouvrage est donc L'ouverture de la pêche ? Une autobiolexicographie ? Le journal logomachique d'un fou littéraire ? Les miscellanées d'un érudit ? (Une expérience de balistique oculaire ?) Certainement un objet inquiétant pour la théorie des genres littéraires. Chaque page (non paginée) - chaque fois d'une rare et étonnante densité - est une scène. Il suffit de tourner les pages pour rencontrer de nouveaux pièges et jeux interprétatifs, (voir) jouer un autre drame. Celui de cette physiologie de la lecture qui est l'écriture même.

Qui est Jacques Barbaut ? Notre poisson se veut plus glissant qu'une anguille. Il se défi/nie lui-même par la négation suffixale de l'appartenance à quelque école ou mouvement littéraire : « Jacques Barbaut n'est ni roussellien, ni duchampien, ni quenaldien, ni oulipien, ni perecquien. [... ] Ni rien de rien en -ien. » La quatrième de couverture indique : «Jacques Barbaut - né en 1960, lecteur-correcteur pour la presse et l'édition ». Faut-il y voir la cause de l'effet ? Barbaut serait en ce cas autant un correcteur que Jean-Pierre Brisset un grammairien. De l'auteur Barbaut on ne peut savoir que ce que lui-même écrit et le « flou « artistique » » qu'il « génère » (ce qui peut bien surprendre de la part d'un écrivain qui a fait son métier de l'application des règles orthographiques et grammaticales).

Barbaut est conscient de vivre dans le langage comme un poisson dans l'eau. Patois, argots, onomatopées, babioles phoniques, carambolages syllabiques, copulations du visuel et du sonore, bons et mauvais jeux de mots, finesses lettrées, sont omniprésents et omnivoyants. Mais si la langue de Barbaut ne méconnaît pas sa dimension d'artefact, qu'elle exhibe à loisir, pour autant - comme le souligne Alain Frontier (un grammairien, tiens) dans sa postface - cette instabilité sémantique généralisée n'a rien d'un bouillonnant tohu-bohu génésique ou d'un bébégaiement enfantin. Peut-être assiste-t-on, plus littéralement, à la naissance du Barbaut et de son Livre.