Depuis ... par Lucie Raulin

Les Apparitions

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Lentement, certes, mais tout de même, je m'y fais, et ce n'est pas m'y résigner : il y a trop de mots alentour de mes gestes pour les taire.


Et pourtant je ne peux pas dire : « Ca m'intéresse d'écrire des livres. ».
Ni : « Le livre, comme ambiguïté, entre objet autonome et support de diffusion, constitue un aspect de mon travail.


Ce n'est pas que ce soit entièrement faux, mais ce n'est pas vrai non plus.


Des livres, j'en ai toujours eu, à lire et à écrire, dans les mains, sous les yeux, au secret.


A l'intérieur de livres à venir, je travaillerais volontiers les rapports texte/image spécifiques qu'ils permettent, je poserais bien la question du multiple, de l'édition, et leurs corollaires de format, de pagination, etc.
Mais le livre, même comme potentiel objet sculptural, reste pour moi un « produit dérivé », un espace périphérique à un geste.


Et il y a pour moi quelque chose d'indécent à écrire des mots utiles, de ces mots qui expliquent, raisonnent, commentent...
Les textes qui paraphrasent les mots, les gestes, les formes des autres ou de soi-même, s'ils peuvent paraître nécessaires, sont à mon sens des mots de mépris : mépris de ce qui les a précédés, et qu'ils s'épuisent vainement à réduire au dicible.


Il existe aussi, pourtant, des mots alentours d'une œuvre qui ne sont pas de ceux là : souvent, des mots de poètes, qui se gardent bien de faire comprendre, qui se moquent d'avoir des arguments valables.
En prose, en vers, en essai, des mots libres de ressentir.