Ben Ministre des Cultures par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

05 sept.
2015

Ben Ministre des Cultures par Jean-Paul Gavard-Perret

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1


Ben possède la rage de vivre. Et non par procuration. Et même lorsque les moustiques tigres l’attaquent il poursuit l’entreprise démiurgique de tout  dire et au besoin «  en vrac comme cela vient ». L’artiste tente de montrer les mensonges qui se fomentent dans la société mondialisante dont la littéralité se croit plus forte que la métaphore de l’art. De fait ce qui semble porté vers le futur  est tourné vers l'arrière en d'infinis adieux dont les exécutants n’ont même pas conscience. L'écart est important entre ce qui est donné à voir et le réel : d'un côté l'emmêlement, de l'autre l'approche de la clarté. Ben s’y attèle selon ses chemins de traverse qui ne cessent de hérisser les « bonnes » règles dans un moment crucial puisque « Aujourd’hui il faut remplacer  Regarder la vérité en Face par   ...
Regarder la vérité en Face « book ».
Il  n’a cesse de revenir à l’ego. Le sien bien sûr mais pas seulement : « L’ego de l’art, l’ego des  peuples, l’ego du temps, l’ego qui glisse  dans un spationef en hibernation  d’un monde à un autre contenant des millions de particules d’ego toutes en compétition ». Pour le prouver en bon ministre de culture il « ethnise » ici à gogo. Ne croyant pas en Dieu, il comprend ceux qui - mués par la peur du vide - ont besoin d’une explication. Ben est donc lucide. Jusque dans le but de son livre : s’interpellant il  précise :  « Ben ta foi dans l’ethnisme  et les langues est ton côté ridicule c’est comme croire en Dieu ». Mais être ethnologue et ethniste reste peut-être le meilleur moyen de tenter de se repérer dans la jungle du monde.  C’est aussi l’occasion de se détourner du tourisme avaleur  de panoramas et de ciel bleu et préférer sortir sous la pluie et fréquenter les rues sales au risque des bombes à fragmentation.
 
 Pour perdre son ventre, l’écriture devient un exercice de mise en forme (à tous les sens du terme) avant de faire le film qu’il espère réaliser depuis si longtemps. En l’attente son livre est passionnant. Il n’a rien du pesant d’un pensum. L’auteur - qui quoiqu’on en pense n’a jamais rien d’insipide  - a lu et oublié  Sartre, Nietzsche, Foucault, Levinas, Freud et bien d’autres. Tous ou presque - sauf Marx. Mais c’est là une coquetterie. Comme celle de faire semblant d’avoir Alzheimer : «  je l’avoue parfois j’exagère je fais semblant d’oublier.  Cela m’aide à respirer ». Preuve que rien ne vaut le rire pour supporter la vie. Dieu lui-même l’a fait puisque  - selon Nietzsche - il est « mort de rire ». D’où l’intérêt de l’artiste pour l’ethnologie et l'ethnisme. Le poète penseur (oxymore ?) traverse les époques et les lieux : il passe des hommes de Lascaux aux humanoïdes, de la présence physique à celle sur le Net. Chaque culture reste un grand repas anthropophagique où chacun mange l’autre. Et qu’importe si Ben est un menteur – ce qui n’est pas sûr. Néanmoins, il a soin de préciser dans la foulée : « vrai ou faux ? Celui qui DONNERA la bonne réponse recevra une carte postale avec dessin et signature ». Et en attendant, il poursuit ses invraisemblables théories (pas si fausses que ça) entre le hard-core et l’eau de rose, avec l’espérance que les moustiques tigres (qu’Annie la femme de sa vie chasse pour lui) le laisse survivre. Avec aussi la certitude que dans un monde où depuis toujours les rapports de forces prédominent le « cerveau survie » dit qu’il ne faut jamais se laisser intimider.