À l'improviste, dernière : clin d'œil pour ne rien clore. par Nicole Caligaris

Les Auditions

À l'improviste, dernière : clin d'œil pour ne rien clore. par Nicole Caligaris

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1

Une bonne vingtaine de ces pointures qui font la musique vive de leur temps sont montés sur scène pour saluer d'un big band improvisé le dernier enregistrement public de l'émission d'Anne Montaron, À l'improviste, ce lundi 10 juin 2019.

Brève improvisation narrative, mentalement conçue au cours de ce moment.

— Les hommes finissent par l'avoir mauvaise, Capitaine, ça fait des mois que nous ne touchons pas terre.

— Qu'est-ce que vous voulez, Balister, nous traversons une sale passe, vous le savez, nous avons fait l'effort de mettre de la musique, pour leur soutenir le moral.

— Votre disque de valses viennoises ? Si vous croyez que ça empêche d'entendre craquer le bâtiment. Les hommes n'en peuvent plus, ils ont tapé toutes les provisions de pois chiches pour se les mettre dans les oreilles, notre coq est furieux, il a mis tout le monde aux conserves, les hommes parlent déjà de scorbut.

— Allons, Balister, le scorbut est une maladie ancienne.

— Possible, Capitaine, mais les hommes se demandent si ce rafiot n'est pas en train de remonter le temps.

— Le diable si je comprends un mot de ce que vous me chantez, mon vieux.

— Ça n'est pas de la chansonnette, Capitaine, c'est le trouble profond des hommes.

Dans le silence, on entend les grincements du bateau, un vieux vraquier sur lest au milieu d'une mer dont les homme ne savent pas le nom.

— Et le patron, Capitaine ? Ça fait des jours qu'il n'est pas monté sur le pont. Les hommes trouvent que ça n'est pas bon signe. Ils disent qu'il a chopé le mal de mer, ou pire. On entend résonner toute la nuit ses pas dans les coursives, qu'est-ce qui lui prend, de s'agiter comme ça ? Vous croyez qu'il pense à ses péchés ?

— Ne soyez pas ridicule, Balister, le patron pense à la logique, à la logique chiffrée.

Dans les rangs du public, une certaine contrebassiste, venue sans sa contrebasse, lançait une séquence de gros souffles et de gueulantes. Toujours du côté de la pêche, hein, et de la pugnacité .

Nicole Caligaris