David ANTIN (1932-2016) par Pascal Poyet
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PROVERBES RUSSES
la vague trahit le vent
la soif enseigne la valeur de l’eau
si tu n’as rien, tu n’as rien à perdre
la courge traite le melon de concombre
un petit trou peut faire couler un gros navire
la route venant du sommet ne peut mener qu’à la vallée
il est plus facile pour un lac de devenir un marais que pour un marais de devenir un lac
on peut ramollir l’acier, mais cela demande beaucoup de chaleur
l’expérience peut être bonne enseignante, mais ce n’est pas une gouvernante
quand la rivière déborde, la moindre goutte de pluie croit être la cause du déluge
la mer engloutit le sage aussi bien que le fou
l’espoir a des parents distingués
si tu cherches une paix durable, essaie le cimetière
le malchanceux peut se noyer dans une petite cuillère d’eau
regarder le pot cassé ne fera pas se recoller les morceaux
qu’est-ce qu’une miche de pain quand des milliers de gens meurent de faim
la grande volga était au commencement un petit ruisseau
ne deviens pas violon si tu ne veux pas qu’on te caresse
ce qu’aujourd’hui tu dis à la volga, demain la volga le dira à la caspienne
ce n’est pas le filet qui compte, c’est le poisson
il est plus facile pour un chien d’apprendre à hurler que pour un loup d’apprendre à aboyer
la plupart des chants de la cavalerie sont chantés par les fantassins
un loup sans dents est encore un loup
n’importe qui peut mourir, sans entraînement particulier
PROVERBES CHINOIS
si le sol sous tes pieds est humide, c’est le ciel qu’il faut blâmer
avant d’acheter des chaussures, assure-toi d’avoir mesuré tes pieds
qui doute de ce qu’il entend ne peut pas croire ce qu’il voit
il est aussi difficile de rattraper le passé que de ramasser l’eau renversée
toutes les aiguilles ont une pointe
si une voiture roule devant toi dans le brouillard, tu peux suivre ses feux, mais de pas trop près
peu importe la taille, les jambes touchent toujours le sol
si tu es toujours pressé, tu n’arriveras jamais à l’heure
une personne qui marche en ligne droite et une personne qui suit une courbe n’arriveront jamais au même endroit
tu peux le dire sur la montagne, mais chuchote-le dans la vallée
le matin peut être ensoleillé, mais le soir apporter son lot de nuages
un festival pour certains est un problème de circulation pour d’autres
le temps est un couloir dont nous ne sortons jamais qu’au bout
une question peut être une réponse à une question, comme une réponse une question à une réponse
un système de valeurs peut n’être rien de plus qu’un rêve de comptable
il est difficile de rester spectateur dans la tempête
c’est à la campagne que se trouve la nourriture, mais en ville que se trouve l’argent
l’imbécile ne te croira pas, parce que ton histoire est trop compliquée,
l’homme instruit ne te croira pas, parce que ton histoire est trop simple
nul fait n’est plus invraisemblable qu’une girafe
c’est quand tu seras surpris par la pluie que tu te rappelleras que tu as oublié ton parapluie
ne grimpe pas à l’arbre chercher du poisson
quand on escalade une montagne, il ne faut pas prendre de recul
l’outil que tu tiens dans la main te tient aussi par la main
on ne recouvre pas de peinture un trou dans le mur
il y a toujours deux côtés au mur
qu’importe le prix du vin quand on ne boit pas
au sommet d’une montagne, rien ne risque de te tomber sur la tête
quand on va sous terre, la lumière peut venir à manquer
on ne sait pas ce qu’est nager tant qu’on n’est pas allé dans l’eau
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David Antin, « Words to the Wise », deux poèmes écrits en 2009, publiés par Jerome Rothenberg sur Poems and Poetics, traduits de l’anglais (États-Unis) par Pascal Poyet, pour les dix ans de la mort de l’auteur, le 11 octobre 2016.
C’est pour ses « poèmes parlés » (talk poems) que le poète et critique d’art américain David Antin est le plus connu. Improvisés en public dès 1972, ces poèmes mêlent non sans humour anecdotes, souvenirs (de l’auteur et d’autres), méditations philosophiques et réflexions sur le langage, l’art, la société… et s’appuient toujours sur les circonstances de leur énonciation. « Je crois qu’il existe probablement une chose qui s’appelle parler pour découvrir, et je crois qu’elle existe dans toutes les sociétés, dans toutes les cultures, et je ne peux pas le prouver. Tout ce que je puis dire, c’est que l’invention du moi est une conséquence de ce parler pour découvrir », expliquait-il au début des années 1970. La parole est pour David Antin le lieu d’un « accordage ». Les « proverbes » écrits en 2009 en témoignent à leur façon.
On peut lire en français : Poèmes Parlés (Créaphis/Cahiers des brisants) ; Je n’ai jamais su quelle heure il était, Accorder et Parler (Héros-Limite) ; Ce qu’être d’avant-garde veut dire et John Cage sans cage (les presses du réel/Motion Method Memory) ; Parler aux frontières (Vies parallèles) et Essais choisis sur l’art et la littérature (<o>future<o>) ; L’Allégorie existentielle de la chapelle Rothko (Fage) ; « Cadrer et être cadré » in En Parlant, en écoutant (Shelter Press) ; ainsi que Huit histoires pour John Baldessari et Dix pour George [Oppen] (contrat maint).
