Pour la défense de CCP. par Jean-Marc Baillieu

Les Incitations

01 mai
2006

Pour la défense de CCP. par Jean-Marc Baillieu

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Cher Pierre,




Je réagis ci-après à ta critique de CCP 11. Je ne pense pas que le travers le plus fâcheux de cette revue soit "le jeu couinant des ascenseurs aux grossiers renvois". Je te défierais presque de me donner une liste (exhaustive) de ces (supposés) renvois d'ascenseur qui te paraissent une caractéristique de la revue.
Je parlerais plus volontiers de "partis-pris" qui font par ex. qu'en effet un livre de Suchère a "droit" à deux pages (dépassées d'ailleurs par qui ne sait pas rendre une copie en tant de signes) alors que d'autres livres qui auraient mérité une critique restent en "Egalement parus". Cela écrit, la politique de "parti-pris" n'est-elle pas inhérente à la critique (cf. "Le Monde des Livres", ou "Libé", ou...) ?
De plus la longueur des critiques n'est pas proportionnelle à l'intérêt des ouvrages : certaines critiques d'une demi-page font mouche, mieux que de plus longues, la qualité des rédacteurs compte aussi (nombreux exemples). Les grands nombres de critiques (80 en moyenne par livraison) et d'articles (205 en moyenne) font que l'éventuel biais de copinage est multiplié ou/donc dissout. Peut-on échapper au "copinage" ? Si, par ex., j'ai choisi de critiquer Van Langhenhoven ou Hervé Bauer, c'est parce que je connais leurs travaux depuis quelques années, cela écrit si un de leurs livres est à mes yeux moins digne d'intérêt, je me tais. Dans ta critique, tu distingues "certaines pointes fines de Christian Arthaud"(dont j'apprécie les articles) mais tu cites aussi son nom (parmi d'autres pas moins méritants) parce que tu le connais. Ce biais du "copinage" m'agaça un temps jusqu'un jour où Paul-Louis Rossi me dit qu'il valait mieux vivre avec que l'exclure : dans un jury, à qualité égale, "on" aura tendance à accorder sa voix, le petit plus, à celle/celui qu'on connaît plus.
Par ailleurs, depuis le numéro zéro, si certains critiques sont des piliers, existe un "turn-over" qui fait apparaître de nouvelles signatures, en disparaître d'autres, donc renouvelle un tantinet les éclairages, les points de vue. Cette diversité de critiques est d'ailleurs à mes yeux un atout : écrire une critique est un exercice de style où certains excellent, d'autres moins ou pas du tout. Au final cela permet de donner une revue "multicolore", non univoque. Bien entendu, sur le nombre, certain(e)s m'agacent, mais moins que ceux que je lis sans déplaisir. Là aussi, les longueurs inégales des articles contribuent à la variété qui rend lisible la revue.
Un autre biais potentiel : que certains écrivent pour eux, oublient qu'écrivant dans CCP (par ex.) ils s'adressent à des lecteurs que leurs articles doivent informer, éclairer, et qu'il ne s'agit pas d'avoir un style original, "trop" créatif (voire illisible) : j'ai lutté contre cette tendance qui souvent marque des articles du dossier (plus que le reste du numéro) et il est vrai que par ex. les bons articles du dossier Fourcade sont noyés par, entre autres, les 18 pages d'Abigail Lang qui, d'une bonne idée nous a donné le brouillon et non un article concis et clair. Par ailleurs, les 3 couvertures des livres de D.F. sont inutiles, je suis d'accord. Curieusemment ces gens qui se piquent de rendre une copie originale ne savent pas faire court car en réalité ils n'ont pas la maîtrise de leur écriture.
Le laxisme est peut-être également plus flagrant pour la critique des revues, sur le thème "si c'est pas bien, ça a l'mérite d'exister", cela écrit certains à qui était confiée une "revue des revues" se sont montrés réellement critiques (Eric Meunié entre autres).
Il me semble cependant que de plus, petit à petit (non sans peine), les critiques pas seulement laudatives sont plus nombreuses.