Morts pour la science par Marius Loris

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

Morts pour la science par Marius Loris

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Compte rendu d’un gentil fonctionnaire de la Défense nationale, après l’explosion de Reggane, 26° 43′ 12″ nord,

Algérie, Sahara, le 13 février 1960 :

 

« On a dû recourir à des instruments d’observation. Ainsi une caméra a-t-elle été disposée, dans un abri bétonné, pour filmer la dislocation, ou la résistance de l’un des avions (posés à proximité de la bombe). Il importe aussi de connaître le danger encouru par un homme à proximité d’une explosion thermonucléaire. Est-il besoin de dire que ce danger, aucun des observateurs ou simples spectateurs ne peut en témoigner ? La protection contre l’éclair étant assurée au moyen de lunettes spéciales – au travers desquelles le soleil ne se voit même pas – ou d’une position « judicieusement » conseillée, il reste à savoir quels seraient les effets du bombardement à neutrons, des rayons gamma et du souffle, que la distance des plus proches observateurs rend inoffensifs pour eux. Des milliers de dosimètres à radiation ont, d’abord été disposés dans le champ de tir. Par série d’une dizaine, on les rencontre tous les cents mètres, en s’éloignant de la tour. Il y en a d’autres auprès de chaque position d’essai, si minime soit-elle. Ainsi déterminera-t-on avec précision la propagation et l’atténuation de la radioactivité en fonction de la distance, et aussi à quelle radioactivité correspond tel comportement d’un canon ou d’un casque. Deux tranchées orientées face à la tour et perpendiculairement d’une hauteur d’homme recèlent de dosimètres, des sismographes et des appareils conçus pour mesurer l’onde de pression. Ainsi connaîtra-t-on les coefficients d’atténuation du rayonnement sous certaines épaisseurs de sable tassé, et les caractéristiques de la propagation de l’onde de pression dans le sol. Quant aux effets du biologique, ils seront déterminés par l’exposition de six cents rats en plusieurs lignes, dans des cages dont certaines sont seulement grillagées, et d’autres blindées contre le souffle et la chaleur, et dotées d’un générateur d’atmosphère artificielle. Le samedi 13 février 1960 à 7h 04, le champignon mauve s’élève sur Hamoudia. De la tour, il ne subsiste rien. Le premier objectif de l’opération Gerboise – c’est le nom de ce petit animal du désert, dont la silhouette figure sur la marque rouge et blanche du général Ailleret, commandant le GOEN – est atteint : l’expérience physique a parfaitement réussi. Mais il faudra de longues semaines de relevés et de calculs pour en tirer toutes les leçons. Quant aux expérimentations dont la matière gît sur le sol noirâtre et vitrifié par une chaleur supérieure à celle du soleil, ou à travers le reg indemme, il faudra plusieurs mois pour en dégager les enseignements. »

 

On raconte que les effets des radiations se sont projetés sur les générations suivantes à Hiroshima mon amour, il ne reste que des flashs d’êtres humains, photographiés éternellement par l’explosion., bébé mutants, dégénérescence, troisième bras, cancers en série, sang-pus qui sort par les yeux => Cortèges des horreurs répétées dans les atolls paradisiaques de Mururoa par Chie-Raque et les rois français de l’Élysée, et la chute de la bombe hydrogène sur l’Andalousie par miracle non explosé (Palomares, 17 janvier 1966 : Boeing B-52G du Strategic Air Command et un KC-135 Stratotanker se collisionnent au cours d'un ravitaillement z’avaient bu ou quoi les pilotes de Folamour ? l’horloge de l’Apocalypse est avancé : se produit à 9 450 mètres d'altitude au-dessus de la mer Méditerranée, deux bombes sur terre l’autre sous-marine , il faut des milliers d’hommes grenouilles, des sous-marins requins marteaux et des scaphandres sous cloche pour pêcher la bombe, le caillou des Anglais aurait pu péter, ça aurait sûrement déglingué la migration millénaire du thon (lui-même chassé depuis les Carthaginois et les romains quand il passe du lac salé à l’Océan froid pas loin de Cadix, Gadès, Gadir ou Didyme, plus ancienne ville d’Occident fondée par les Phéniciens quelques années après la chute de Troie : - 1104 avant JC selon Tite-Live, on grillait déjà le thon sur des braséros de cyprès ;

(1976) les militaires français pêchaient à la grenade en Limagne, manière pratique de récupérer la poiscaille des profondeurs hydrocarbures à moindre coût, fallait bien croûter autre chose que de la boîte de sardines périmées, et les paysans avaient beau se plaindre on ne changerait pas les usages, et même, on risquait de s’en prendre une dans le buffet, le service militaire fabrique des hommes, 2 ans sous les drapeaux à courir et obéir à qui mieux-mieux, ça forge le sang-froid, papa lui voulait être réformé P4, mutique mutatos mutandis pendant 3 semaines mais finalement l’amitié prend le dessus (camaraderie piège militariste : c’était en Allemagne en 1982), sursitaire quand on fait les études, crâne rasé sur la boule, finalement la grande école des hommes durera jusqu’en 1995, j’y échappe => il reste des gauchistes pour t’expliquer que la fin de la conscription est une connerie historique (comment faire la révolution : plutôt voir les Comités de Soldats : 1976 ; Jussiaux transforma en section syndicale sa section militaire = cour de sûreté de l’État de super menteur, paraplégique des emplois fictifs : J. Chie-Raque le contribuable crèvera d’un AVC à 82 ans mais a foutu du monde au cachot), pendant ce temps, mon père faisait l’acrobranche et balança des grenades au plâtre sur le capitaine, était un farceur, 10 jours au trou, on n’arrête pas la discipline)

 

Rodionoff Nicolas lui , grand-père russe, d’après le document officiel, né apatride (passeport Nanssen) en 1936 quelque part à Paris, marié, professeur d’anglais, classe 1962/B, 2e classe, Puni de 15 jours de prison pour manifestation collective : « A apposé sa signature au bas d’une pétition organisée dans son unité, pétition rédigée dans le but de faire ressortir un certain nombre de critiques concernant l’organisation et le fonctionnement de l’ordinaire de la portion centrale. Demande à ce qu’il soit écarté de tout grade et face l’objet d’une mutation d’urgence »

(cf. comprendre : purrige dégueulasse avec des croûtons de pain et avoine sûrement pas de lards, usage de la périphrase par fonctionnaire militaire aux abois, se passera mal pour lui s’il y a du grabuge, russe, sûrement communiste, professeur, sûrement communiste, prof d’anglais russe, sûrement agent communiste (sa mère se faisait appeler la « comtesse rouge » et fournissait les informations nécessaires à la Patriarchie-KGB, prononcer ka gé bé à la russe, photos de famille de l’ère Brejnev, une datcha au milieu d’une immense forêt, peinture blanche sur bois, ils boivent du thé et mange du pain noir, les petits plats dans les grands et on irait faire la sieste dans le jardin attention aux tiques qui piquent, la nature très verte, les yeux rieurs de garce des filles, les mecs ont des barbes à tomber par terre nié znaiou, nié zaniou, na zdarovié tovaritch, tsiérkov vcégda triomfat ), et Nicolas Rodionoff Sérafinovitch se retrouve dans le bureau du colonel à signer lui-même ses demandes de permission pour voir femme et fille, finalement, la discipline s’est retournée comiquement contre elle-même, il pu échapper au service et lire dans un bureau parisien des polars et des fiches perforées à la machine, la dolce vita, voir à ce propos => Nice des années 1900

: des villas sur la plage, des pieds dans l’eau, car l’air russe trop froid, on se dore bien ici, on se complaît dans son confort de théière anglaise, de domestique en essaim, des petits chiens sur la Promenade. Que de vies futiles dépensées ici à parler de Léon Tolstoï et de l’anarchisme chrétien, la guerre de Mandchourie quelle bérézina ! z’êtes fou ou quoi et Katarina embrasse son antépénultième champagne qui finit dans le corsage, le colonel à moustache pouffe et lui embrasse le cou, table blanche fleurie, on rit bien d’aise dans ce jardin de la villa Rostok, la cerisaie est loin avec son ennui typiquement russe, on jouera de la musique, on chante beaucoup ici, et puis on dansera dans un club le soir, avec des messires anglais venus tout droit du Lancashire, il faut marier Olga avec ce TUdoooorrrrrr n’est-ce-pas Andréi ? Le général se lisse la barbe et la casquette de marin au service du Tsar : oui Nastassia, oui oui, il faudrait voir où en est la famille, avec l’héritage du Princes de Galles, et puis on danse encore, la jeune comtesse Vorontzoff aura ses baisers d’un soupirant italien, mais rien de plus, l’Italie n’est plus ce qu’elle était, les Médicis sont mort au XVIe siècle un soir de Saint-Bartélémy (non c’était les protestant et l’amiral de Cologny qu’on occit rétorque le pope Vérine :=> certes mais c’est métaphorique (dixit le pope Tita), Moscou est la 3e Rome sous Ivan Grozni, les catholiques ont perdu le contrôle en 1572 et c’était l’héritier de Florence sur le trône de France non ? sortie de route qui a conduit à la loi de 1905 fait remarquer inquiet le pope Védine, la France est agréable sur le plan du climat, mais pas des mœurs,) faisaient tous mine d’oublier que le CZArr avait fait tirer sur des pauvres gens la même année, première révolution russe oubliée, et Alexandre Bloch écrira des poèmes sur la fin de l’espérance :

 

Dans les bribes de paroles
J’entends la marche brumeuse
des autres mondes
et du temps le sombre vol,
je sais chanter avec le vent...

Le commentaire de sitaudis.fr

Extrait d’un travail en cours, à paraître