Aujourd'hui je dors de Dominique Meens.

Les Parutions

01 déc.
2003

Aujourd'hui je dors de Dominique Meens.

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Dominique Meens prévient presque d'entrée de jeu son lecteur qu'il commence un grand livre et ne cesse de commenter ce projet : un grand livre change-forme, métamorphe, ignore le mardi du journal, les allées et venues du roman, la carrure de l'essai mais il est tout cela à la fois avec le retour des oiseaux du promeneur qui sont à l'auteur ce que la figue (de parole) est à Ponge, la baleine à Melville ou les trychoptères à Hubert Duprat.
Ce pourrait être une belle gageure, elle ne suffit pas à Meens qui choisit de mettre tous les atouts contre lui : début constitué de blocs compacts sans aération, références très érudites (d'autodidacte), ergotage, histoires de déboires éditoriaux, dissertation sur la musique, détestations de l'"unifessité", des "spécialisses", "journalisses" et autres "psychanalisses". Il monte et montre plus qu'il ne structure de savants prélèvements, il fait son Gombrowicz, intelligent tout le temps, sarcastique toujours. Non content de railler beaucoup de gens et d'institutions, il aggrave son cas en traitant de politique aussi, il prononce des gros mots comme Sangatte, il va jusqu'à écrire des vers!
Mais la plupart des lecteurs du Monde et de Télérama, les enseignants auront laissé tomber le livre bien avant ces prouesses.
En fait peu de gens iront au bout de l'ouvrage mais je crois que Meens s'en fout. Comme dans une belle histoire de la tradition juive à propos d'un sage que personne n'écoute plus, il fut un temps où Meens écrivit pour changer le monde ; il écrit maintenant non pour être lu mais dans l'espoir que le monde ne le change pas.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. POL (octobre 2003)
290 p.
23 €