Véronique Pittolo - Elle raconte toujours des histoires (de l’art) par Élisabeth Jacquet

Les Parutions

26 févr.
2026

Véronique Pittolo - Elle raconte toujours des histoires (de l’art) par Élisabeth Jacquet

Véronique Pittolo - Elle raconte toujours des histoires (de l’art)

 

 

Elle raconte toujours des histoires (de l’art) signifierait aussi : même quand cela semble être terminé (Toute résurrection commence par les pieds, éditions de l’Attente, 2012) cela continue. Encore.

On ne se déprend pas de l’art comme ça. Une fois qu’il est là, il ne vous quitte pas. La preuve : ce petit livre comme un addenda au premier, comme un j’ai oublié de vous signaler quelque chose.

 

Le visage Piero, par exemple, ou l’impossibilité d’appréhender ce que fut vraiment un artiste, ce à quoi ressemblait vraiment sa vie, surtout en 1440, quand pourtant son œuvre est là, persistante, et laisse passer la lumière dans l’entrée, sous la porte.

Ou encore : mais pourquoi, autant, cette importance de l’art dans ma/notre vie ?

D’ailleurs d’où vient-il cet art ?

Pourquoi Dieu a-t-il mis la création dans les mains des artistes ? s’interroge l’autrice.

 

Dieu est une question déroutante et omniprésente dans le texte. 

Je suis en train de compter ses occurrences : 19 (si je ne me trompe pas) quand soudain c’est Christ  (en travaux ou attendant son lifting ou encore cryogénisé) qui me saute aux yeux : 18 fois (sauf erreur).

On ne se déprend pas de la religion comme ça, quand on fut baignée dedans enfant (pensionnat catholique, bonnes sœurs, messes, communions…).

Mais pourquoi ? Comment ? Quelle importance de la religion dans ma/notre vie ?

Devenue grande, adulte, et indépendamment du tableau si étonnant de Piero portant son nom, on s’interroge sur sa propre Résurrection :

 

Quand elle arrive en premier dans le texte c’est celle-ci : 

J’ai besoin de dater ma Résurrection. (p14)

 

Pour cela je choisis Piero car : Piero impose un cadre à mes émotions (perspective).

 

C’est donc cette piste que nous suivrons, passant par le cinéma of course (sujet de prédilection de V. Pittolo) et le jeune héros de La mort à Venise de Visconti, tirant des lignes vers la modernité naissante (Cézanne) ou extrême (Duchamp) : Quand la Femme fut remplacée par un urinoir, les problèmes formels surgirent, passant par de multiples crevaisons de voitures,  jambes lourdes et rage de dents, goûtant la douceur des peintures de Vermeer car si la peinture représente le bonheur, Vermeer obtient le tiercé gagnant (…)

nous reposant soudain dans un douillet perceptible à quatre siècles d'intervalle :

les chaussons de monsieur Vermeer assurent notre confort.

 

Regarder Constantin dormir évoque la sécurité d’un souvenir d’enfance choyé, pourtant l’architecture du dormeur est fragile, et les enfants ne sont pas protégés : sexe, sperme, sang, bander forment ici une panoplie criminelle et de Béthleem à Betharram, les peintres n’avaient pas anticipé un tel dérapage, ni Piero ni Caravage.

 

Cette interrogation sur la chair et son péché, le viol et la conception immaculée, le miracle de l’art supérieur à celui de l’enfance, trouve son origine dans les bribes d’un curriculum vitae :

Je réinvente mes racines.

Mon code génétique étant restreint (grand-père migrant) 

j’interroge les Nativités.

Quel est mon lien vu d’ici avec le paradis ?

 

Si Véronique Pittolo tisse son histoire (de l’art) avec certains faits sordides de l’actualité, elle la ponctue en contrepoint de formules incisives et drôles : L’androgynie deviendra un réacteur sensible pour les générations futures (les études de genre), souvent tournées vers une fraîche autodérision : ces vies (de Vermeer, de Piero, de Cézanne) plus visibles que la mienne m’incitent à reprendre un apéritif.

 

L’on pourra s’étonner de lire dans ce texte sensible et lapidaire une phrase comme celle-ci : Le Christ fut assassiné par un peuple, Marat, par une femme, que faut-il en déduire? qui sans doute échappa à son auteure (on ne se déprend pas d’un enseignement religieux archaïque, comme ça) ;

on se réjouira surtout d’y retrouver le caractère précieux de notre humanité commune, notre sentiment de l’art dans nos existences particulières :

(…) une peinture est plus ou moins vraie parce que la vie y entre plus ou moins (…)

La peinture est une tentative pour combler quelque chose.

Les disparitions, le hasard des maladies, les catastrophes, sont adoucis par les œuvres qui persistent à briller.

 

Cet art que nous faisons nôtre sans vraiment le savoir le saisir le comprendre, qui nous survivra :

Nous vieillissons, les œuvres embellissent.

 

Et qui nous procure une forme de bonheur et de joie :

Quand nous sommes heureux, nous ressuscitons.

 

Alors nous comprenons mieux l’importance du mot Résurrection dans la bibliographie de son auteure, revenant 7 fois (si je ne me trompe pas) dans ce nouveau texte jusqu’à le clore, et selon l’une des définitions du dictionnaire :

Résurrection de qqn. Fait de retrouver la joie de vivre, le bonheur, la paix de l’âme.

 

                    

 

                                                                                 

 

Le commentaire de sitaudis.fr

KC éditions, 26 février 2026
?88 p.
12 €


                  

Retour à la liste des Parutions de sitaudis