Laurent Albarracin – Pierres folles par Jean-Claude Leroy
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Quel que soit son exercice, Laurent Albarracin cultive l’art de viser juste. C’est ici un recueil de 111 « haïku(s) », chacun troussé presque comme il se doit. L’esprit autant que la forme de ce tercet japonais pourraient être respectés à la syllabe près, ils ne le sont pas. Ce qui fait dire à l’auteur de L’herbier lunatique : « Bredouille / pas croisé de haïku / sur mon chemin » [p. 9]. Le poète court librement sur l’étroit manège et il instille dans ses vers une espièglerie bien pesée, produisant un heureux effet, rien moins qu’une incursion dans le mystère des choses après celui de la perception.
Le filet à papillon
long
comme un bas [p. 43]
Ironie du langage ou flottement des sens sont les ressorts de ces éclairs, aussi s’en trouve comblé le plaisir du lecteur. Au cœur de la nature, outre les éléments-sources (soleil, vent, nuit, lune, jour, chaleur…), en compagnie de divers animaux (libellule, araignée, lapin, grenouille, merle, lézard, héron, crapaud, papillon, coq…), tour à tour convoqués, épinglés, nous voici dans le rafraîchissement peu conventionnel d’un monde autrement banal qu’il est toujours bon de réapprendre.
Été comme hier
les araignées d’eau
font du patin [p. 12]
L’œil n’oublie pas de savourer avant de réaliser, il est ici le maître de lieux. Rien ne lui est refusé, il voit ce qu’il veut, et ce qu’il veut s’impose. Non pas un déni, mais plutôt une réalité moins objective que la nôtre. Une ouverture ?
Soudain la statue
se secoue
de ses pigeons [p. 41]