Guy Benoit - Avis de passage par Jean-Claude Leroy

Les Parutions

3 juil.
2026

Guy Benoit - Avis de passage par Jean-Claude Leroy

Guy Benoit - Avis de passage

 

                           

Avec Guy Benoit nous savons que l’encre coule au compte-gouttes, les recueils sont rares, les mots toujours comptés, dont l’impact est maximal. Deux volumes de ce remarquable et trop peu remarqué poète sont toujours disponibles aux excellentes éditions Les Hauts-Fonds, mais c’est aujourd’hui une plaquette à la couverture constellée qui nous arrive, un dernier et littéral « avis de passage », pareil à ceux que l’on trouve dans sa boîte aux lettres, mais d’une teneur autrement réfléchie et consistante. Chacun de ces poèmes ou de ces notations est daté précisément, jour, année, situé, à Sacé, bucolique village mayennais où Guy Benoit s’est mis en retrait. Et c’est en philosophe du raccourci qu’il se présente au lecteur, avec lui devant la mort et le néant. Pas de circonvolutions, pas d’ascèse non plus, sa main est ferme qui tient le stylo et nous oblige à regarder le gouffre que l’existence a creusé sous prétexte de vie. Sur un même fil d’angoisse, le diariste parcimonieux se maintient d’humeur résolument ombrageuse.

 

« je

ne

partirai

pas

réconcilié » [p.14]

 

S’il doit « être une joie de la langue », le poème ne constitue pas pour Guy Benoit la résolution de quoi que ce soit, ni le refuge négocié d’un quelconque au-delà ou en deçà. Pas d’apaisement gagné au prix de quelque mérite moral, pas de compromission avec la moindre rassurance. La poésie n’est pas un état d’âme, rien qu’une fabrication à base de mots, et qui opère : « Le poème comme apogée du signifiant qui rejetterait le signifié. » Il ajoute : « J’ai joué le jeu : le jeu tremble en rêvant. » [p. 32]

 

Quant à la vie, elle s’offre en matériau d’écriture : « la vie n’est pas une liste d’épicerie / seulement quelques quignons de langage. » [p. 15]

 

Des gardiens de mémoire se souviennent que Guy Benoit, dans un sillon marqué aussi bien par Armand Robin que par Le grand jeu, créa en 1969 la revue et les éditions Mai hors saison, qu’à travers les 15 numéros parus, les suppléments et les ouvrages de poètes aussi singuliers que Jean-Daniel Fabre, Théo Lesoualc’h, Dominique Labarrière, les interventions et citations proposés par Guy Benoit, l’animateur (au sens de insuffleur), les lecteurs ont vécu par son biais poétique, à pleins poumons, le mouvement dynamique et fertile de l’après-1968. Le premier livre de Nanao Sakaki, aujourd’hui en vogue, fut publié par Mai hors saison (traduit par Patrice Repusseau). Paul Valet, alors aux oubliettes, fut redécouvert et publié par Guy Benoit. Quoique évoluant très en dehors des champs éclairés, poète radical et passeur de premier plan, l’auteur de cet Avis de passage s’impose pourtant à qui s’est enfin lassé des frivolités culturelles et pommades automatiques. Par la seule force de son verbe être.

 

« on n’aura détecté que

des symptômes

et des monceaux d’irréalité

 

on détecte, vous dis-je

 

dans le nécrocène

 

mais ai-je dit l’arriéré

de l’espèce. » [p. 23]

 

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