Mickaël Berdugo – Perte d’une aile par François Huglo

Les Parutions

23 févr.
2026

Mickaël Berdugo – Perte d’une aile par François Huglo

Mickaël Berdugo – Perte d’une aile

 

 

            Mick à aile perdu quoi ? En couverture, le nom de l’auteur Mickaël Berdugo s’entretient avec le titre Perte d’une aile et avec un dessin où un oiseau fait face à son aile restante comme à un miroir, oubliant l’autre tombée dans le décor. Poète, l’oiseau ? Pas l’Albatros. Au contraire : « Je marche pour ne pas / Voler ». Mais Baudelaire écrivait : « Au moral comme au physique, j’ai toujours eu la sensation du gouffre ». Une sensation que (ou qui) peut éveiller l’humour. Toujours dans Fusées, un peu plus loin : « Maintenant, j’ai toujours le vertige, et aujourd’hui, 23 janvier 1862, j’ai subi un singulier avertissement, j’ai senti passer sur moi le vent de l’aile de l’imbécillité ». Mickaël Berdugo dirait : du dérisoire, de l’absurde, de l’idiotie, de l’ironie. L’humour, la poésie, ne se signalent pas comme tels. C’est « quelque chose de plus intime », un frôlement d’aile qui suffit à créer « une atmosphère qui m’a toujours poursuivi, à la fois drôle et pesante… ».

 

            Le premier poème n’est pas franchement désopilant, il ressemble plutôt au Cri de Munch, cycles en plus : « C’est un ciel gris / Qui remonte / La côte // Les vélos / Sortent / De terre / Et l’on / A le temps / Qui passe / Sur notre tête ». « Quand le ciel bas et lourd » (Baudelaire encore) pèse sur la tête dans le guidon, c’est qu’une course contre la montre est engagée. Il faut « vérifier / Si les secondes / Comptent les morts // Vérifier / Si les minutes / Travaillent / Pour le cosmos ». À la fin, est-ce la montre qui gagne ? Peut-être même pas. « Je ne sais plus qui existe ». On peut « Finir dernier / Et pourtant / Longer / La mort / Avec succès ». Si « Le temps / Passe », a passé (« Je suis moi-même / Depuis / Une trentaine d’années »), passera, aura passé, c’est « comme / Un ouragan / Dans un verre d’eau ». Et c’est « Mon vide cruel » qui « Traverse / Le ciel ».

 

            Du couteau sans lame auquel manque le manche de Lichtenberg, reste le vide. « On a plus / De corps. / On a plus / De vide. / On a plus / De lune. / La lune qui se frotte au vide. » Comme un frôlement d’aile, dans le vide du vide. Humour peut-être plus gris (celui du premier vers du livre) que noir. « Les dunes / Sont plates, / La plage / Est haute, / Les vacanciers / Sont gris / Et le temps passe / Inlassablement ». « On règle / Son vide / Pour en faire un œuf / Gris ». Clos. Où « Un cylindre / Tourne autour / De moi ». Où « Les murs / ?coutent / Aux murs ». Où chacun se cogne à ses reflets, à ses échos : « Mon monde / Est rempli / De sosies / De moi-même ». Où « Les fenêtres / Ne nous renvoient / Pas notre sourire ».

 

            Comme le mikado (Micka(…)go ?) joue sur le risque d’effondrement de l’édifice formé par les baguettes, « On dessine / Son propre / Nombril / Pour faire pencher / Son château / De cartes ». Le peu de mots, de vers, du poème, le peu de traits du dessin, rappellent le mikado. Et Dieu dans tout ça ? « Trop occupé ». Ou il « Nous appelle / Par fax ». En rient le chien « Qui vient d’apprendre / Que le cosmos / N’a pas De fin », le chat « Qui griffe / Le ciel / Pour en faire / Sa litière ». De même, Mickaël Bergudo écrit « Pour vivre / Et jeter / Le ciel / Dans l’eau ».

 

Passent des chapeaux dromadaires, des fourmis, un singe bleu. Mickaël Bergudo est « troublé / Par le rire d’un âne ». Quant à son lion, gageons qu’il donnerait son royaume pour un Chaval.

 

 

 

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