Dana Flaifl – Tout ce que j’ai c’est l’écriture Avec elle je résiste par François Huglo

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18 janv.
2026

Dana Flaifl – Tout ce que j’ai c’est l’écriture Avec elle je résiste par François Huglo

Dana Flaifl – Tout ce que j’ai c’est l’écriture Avec elle je résiste

 

             Mahmoud Darwich (1941-2008), que Yannis Ritsos qualifiait de « lyrique épique », s’est éloigné. Que reste-t-il de l’énergie de son désespoir ? Loin des postures avantageuses, vengeresses, drapées dans des drapeaux, le filet de voix de Dana Faifl, vingt ans. Comment avoir vingt ans à Gaza ? No future : « Je voudrais être une antiquité exposée au musée / Je voudrais ne pas savoir survécu ». Ni présent, ni passé : « Je suis cendres / (…) / Dehors il n’y a plus personne / L’oubli leur a tranché la gorge / Et le temps qui s’avance inquiétant / Leur apprend la défaite ». Gaza ? « Un pays qui me blesse et m’abrite / Une maison habitée par le silence / Une main qui ne retient plus / La main qui lui dit adieu ». Cerné de toutes parts, le corps devient prison : « Je n’arrive pas à sortir d’un cercle d’entraves ». Peau de chagrin : « Sous mes côtes les battements de mon cœur rétrécissent ». Filet de voix dans le désert : « La ville aride s’effondre dans l’obscurité boueuse ». Mais « À chaque fois que les larmes coulent / Elles inondent la ville de leur amour ».

 

            La poésie, c’est « ça ». À la fois enterrement et plantation : « Je rassemble ce qui reste de ma peur du monde / Et l’enterre dans un trou / Ça revient vite / Ça pleure / Ça me regarde avec les yeux d’un amoureux ». Ça repousse, ça résiste. La tristesse « ressemble à un homme que je connais / Il m’a légué son histoire / Et il est parti léger ». La poésie, cette noirceur que « je broie » dans « la meule de ma mémoire », est « ça » qui « tache », « ça » qui « tire plaisir de ma respiration qui panique / Et bride les ressorts de mon désir », quand « Un drone envahit le silence qui me servait de refuge », quand « Le boucan de mon cœur trahit ma présence ». Ça : « Une langueur sans réveil » qui « refuse de dire adieu à mon corps ». Et sans ça, « Je ne suis pas / Je ne serai pas ».

 

            Les six poèmes, aux titres éloquents (Plus personne, Un pays qui me blesse et me brûle, La ville aride, Tristesse, Depuis quand ?, L’anémone) sont traduits de l’arabe par Rouba Hassan puis par Lotfi Nia et Frédérique Guétat-Liviani. Ils sont suivis de leur version originale et accompagnés d’une œuvre en couverture d’Ahmed Ashour.

 

 

 

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