Julien Blaine - TOME VII iNACHEV 2025 par François Huglo
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Dans BLAINE, il y a ANE (du Poitou : ChristiAN PoitEvin), comme dans GErANonymo, ANonymE, et ce qui s’ensuit : installations humaines ANonymEs laissées là par inadvertance (ilahi), artistes ANonymEs créateurs involontaires (AACI). En quatre photos, dont l’une à l’envers, les oreilles d’un âne écrivent IL Y A. Au Panthéon, le 18 mai 2019, en présence de Victor Hugo, il y a Julien Blaine en costume d’âne qui fait entrer Tarkos et Ghérasim Luca. Dans BLAINE, il y a aussi BI, comme dans BIface, BImot, BIsannuel (l’ALBUMANACH où il y a ANE sans E), sans oublier Pierre Albert-BIrot. Gilles Suzanne rapproche les Albumanachs de Julien Blaine de l’Almanach dada (1920) de Richard Huelsenbeck et de Les travaux et les jours d’Hésiode. « Il suffit qu’un martinet s’écrase à ses pieds, que la Palestine s’embrase, que d’aussi précieux que rares amis s’éclipsent ou que d’autres surgissent pour que d’intempestives situations s’inventent ». L’Albumanach « s’expose à tous les courants d’air », il ne peut être qu’inachevé, même s’il est le dernier (la fin n’a pas plus de fin que le commencement), même si le 7 est supposé parfait. Dans la collection « Portraits de chiffres », le sien est offert au futur musée d’art contemporain de la Palestine.
Julien Blaine, nous dit Gilles Suzanne, fait « de son corps un almanach », et ce corps aussi « s’expose à tous les courants d’air », d’eau, d’énergies, d’affects, en libre accès, comme dans un moulin, en un livre blessé, « fracassé par une actualité ignoble et criminelle en Ukraine et à Gaza ». Le poète souffle dans une trompe en ivoire de l’Aurignacien souabe, acquise au Sénégal, ornée de représentations de mollusques. « Un éclat bleuté / Un éclat blessé », où « l’éléphant et le poulpe sont réunis ». La « figue désirée » est « bouche que je veux cueillir / blessure dont je veux mourir ». La « typographie d’une blessure » est une « impression sur gaze et sparadrap ». Le « moulin à huile » de Ventabren, où Julien Blaine « lit, dit et crie » tandis que Moneim Adwan « joue du oud et chante », est « un moulin à sang ! Pas un moulin à vent ». Les 1 et les cœurs de l’as s’inscrivent (battent) en noir sur une carte rouge. Le stylographe du diabétique écrit « sur ma peau et sous ma peau ». À 82 ans passés, « les agressions t’attaquent profond et te blessent +danger ! », et si « l’esprit de résistance persiste », le corps « résiste mal ». La « première tache de vieillesse » est devenue « tatouage révélateur ». Sur l’acropole de Carthage, le corps conte l’histoire de la sculpture par la permanence du drapé, du linge au linceul. En un « poëme fleurs bleues », des aphyllanthes caressent « mon ombre herbée ». Une banderole est « signée à l’encre par l’ombre du poulpe ».
En une fable, « Le poète et lou perdigau », se font face Démosthène Agrafiotis, avec Julien Blaine et leurs éditeurs de RedFoxPress, et un perdreau blessé à mort. Démosthène et Julien parcourent leur mythologie commune en volant du Phénix à Horus « Le Lointain », via l’Alcyon dont le nid « est posé sur les vagues ». En passant « de vie à trépas », nous rejoignons « les personnages de fiction : Zorro, Robinson, Ulysse, (…) ». Alain Frontier décrit la « chute mais chut ! » de Julien Blaine comme « la transformation de la chose en un mot ». Une série de photos rappelle le Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp, mais à l’horizontale, avec des gestes de vol, de reptation, de natation. L’histoire du « grand dépotoir » est celle d’une « gravité » : les choses « chutent et tombent, / retrouvent leur statut d’ordures ou de résidus », ou deviennent des fétiches. Dans la nef du Panthéon, le poète lance un « premier appel animiste par et dans la corne d’éland (Taurotragus oryx) vers les esprits retenus ici ». Ainsi pénètrent « dans l’antre sacré des patriotes tricolores la corne noire de la belle antilope africaine : la relique, le fétiche, l’amulette, le gri-gri des magiciens africains », loin des « objets négligeables, des choses neutralisées », de ces musées, ces galeries, où « tu ne rencontres rien ».
À Carqueiranne, la main pentapus cueille « pour une union » le poulpe octopus. Entre la main à la plume et la main à la charrue, il y a la main à « semer, écrire & peindre » qui pose sur des plateaux 7 pêches, 7 prunes, 7 chiffres zéros, 7 lettres « O ». Jean Torregrosa hospitalisé organise son quotidien « par des activités ritualisées pour permettre au temps d’autoriser le geste de peindre », et de s’inscrire dans un triangle qu’il dessine pour Julien Blaine :: les segments joignent « lettre », « couleur », et « espace », pour délimiter le « tout » de leur « domaine » commun. Pour Laurent Cauwet sont calligraphiés en chinois et en arabe des signes représentant les verbes endurer, résister, chercher et créer. De la borie aux rond points de Cédric Lerible et des gilets jaunes, « la reine des lettres femelles » est « un "O" qui n’en finit pas », infini, « spiralé ». Défiant les « gardiens de la révolution », une étudiante qui a enlevé son hijab et s’est déshabillée pour marcher devant le campus à Téhéran, est « une gardienne de l’espèce humaine ». N typographié IV n’est pas suivi d’un G mais d’un H : IVH, « Interruption Volontaire de ma Haine » — « N’ajoute pas la haine à la haine ! / Atténuer / ma N ». Mais « Est-ce encore possible ? » Les lettres communes à BLAINE et à HAINE sont recyclées dans L’INACHEVÉ.