L'enfer de Dante, nouvelle traduction

Les Parutions

01 juil.
2006

L'enfer de Dante, nouvelle traduction

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Comme le fit Gombrowicz en 1966 à la grande fureur d'Ungaretti,
Stéphane Bérard livre sa traduction (par ciel !), de l'Enfer.
Chants i à X





Feuilleté rapidement, cet ouvrage pourrait ne laisser voir qu'un geste iconoclaste, un attentat contre un monument de la littérature et des anachronismes désopilants. Et beaucoup d'enseignants risquent de mal prendre la chose
qui est pourtant beaucoup plus qu'une chose.
C'est un livre de Stéphane Bérard comme le Problème Martien (2002 chez le même éditeur) et comme ce guide du 04 que personne n'a encore publié : fasciné comme Dante par la langue du peuple, il en capte tous les frémissements, les spasmes, la puissance du renouveau et les ratés, les pertes jusqu'au vertige amoureux le plus sensuel :

Jusqu'à la langue qui
S'agite et me
Gifle la bouche tant la passion
Du palot l'anime,
La meut,
M'aplatit ...


Métaphores et collisions pas seulement cocasses, la thématique de l'expérience permettant à l'artiste de laisser monter, peut-être pour la première fois et bien sûr sans pathos ni lyrisme, sa joyeuse connaissance du fait (et fête) qu'on n'en sort pas.
Il monte aussi, en d'autres sens, la geste de l'initiation.
L'appropriation par Stéphane Bérard de tel ou tel genre d'ouvrage, vulgaire ou savant, est à rapprocher de ses activités de cinéaste et de plasticien, trop souvent réduites à la provoc' et à la parodie quand le critique Jean-Marc Chapoulie (cf http://www.sitaudis.com/Excitations/preuves-de-cinema.php ), n'a pas tort de voir en lui un descendant de Mallarmé : pour un recours au hasard qu'il est tentant d'inscrire dans le contexte plus large de manipulations du donné qui lui permettent d'infiltrer notre système de représentations. Où se célèbrent les noces très gombrowicziennes de la haute culture et de la bêtise la plus inculte, de la civilisation et de l'immaturité, l'apparition de Philippe Risoli étant ici plus motivée mais pas plus valorisée que celle de Dioscoride.
Tours de montage et tours syntaxiques déhanchés, détournements divers, diagonales de ouf : une même passion du vrai relie les pratiques de l'écrivain et de l'artiste, elle manifeste une intelligence qui se laisse ravager (et ravaler) par le rire.
Hommage conscient à l'éditeur plus qu'à l'auteur, le dernier mot ne sera pas dantesque mais ...dentaire pour clore un épilogue plein des tourments de la Matière
et un livre qui fait mal.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. Al Dante 2006
125 p.
15 €