Dana Flaifl - Tout ce que j’ai c’est l’écriture/Avec elle je résiste (2) par Nathalie Quintane
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Il n’y a pas beaucoup d’espoir, pourrions-nous dire — c’est qu’il y en a encore un peu. Qu’est-ce que l’au-delà de ça, que nous pouvons avoir à connaître singulièrement, dont quelques-uns seraient capables d’anticiper l’approche, ici, en 2026, mais que nous ne sommes pas en situation de collectivement éprouver ?
C’est de là, de ce site, Gaza, que nous viennent des nouvelles du désespoir — et des nouvelles du présent, ce présent gazaouï qu’il est si difficile d’appréhender, si difficile de saisir, dans notre impossibilité à sentir ce qui s’y passe, qui ne peut se réduire à la difficulté de comprendre ce qui s’y joue, dans l’usure des sentiments, des émotions, qui finissent par ne plus être les nôtres ; dont nous sommes, sous nos yeux même, dépossédés, et que l’on voit froidement s’ébattre avant disparition complète.
Aucune photo de ville en cendres, aucun stock d’images de cendres, aucun plan où s’entassent les corps enveloppés de draps et alignés, ne nous dira le présent gazaouï mieux que cette poignée de poèmes de Dana Flailfl, parce qu’ils nous parlent :
Je voudrais être une antiquité exposée au musée
Je voudrais ne pas avoir survécu
Je voudrais ne pas être sortie du piège des décombres
Je suis cendres
(…)
Je voudrais tenir et broyer les obus
Je voudrais stopper l’hémorragie des douleurs
C’est la voix d’une fille en deuil — elle vient de perdre son père dans un bombardement. Par elle, c’est la voix de toutes les filles en deuil à Gaza, de tous les endeuillés. C’est la voix de quelqu’un qui n’a littéralement plus rien, sauf ça : écrire en lignes brèves Tout ce que j’ai c’est l’écriture/Avec elle je résiste.
Aussi, il faudrait le donner à entendre ici, en 2026, ne pas cesser d’informer, et puis lire, à voix haute, en public :
Depuis quand
Nous avons oublié la forme du sommeil ?
Et si on nous en accorde un peu
Nous nous réveillons sans réveil
Ou cette Anémone :
Je broie de la poésie dans la meule de ma mémoire
Ça me désoriente et je me perds
Je suis rivée à l’éclat de cette noirceur
Et ça refuse de venir
Ça tache
Avec le rouge des pétales
Ça tire plaisir de ma respiration qui panique
Et bride les ressorts de mon désir
(…) Adieu mon anémone
Sans toi
Je ne suis pas
Je ne serai pas
Voilà comment une gamine, une poétesse de vingt ans, nous donne une mesure du désespoir, pour que nous sachions de quoi nous parlons quand nous l’évoquons.
L’ensemble des droits est reversé à Dana Flaifl.