Philippe Thireau - Suites au désert par Claude Minière
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Ce sont des suites, en effet. Dans le passé, le plus beau livre écrit sur le désert fut très probablement Citadelle, d’Antoine de Saint-Exupéry. Dans le passé aussi, « désert » a pu être synonyme de retraite, solitude, dépouillement, et a pu désigner approximativement un lieu de méditation, paradoxalement de rafraîchissement. Dans le passé encore (les manuscrits médiévaux) parfois des écritures portées en marge du corps du récit, dedans/dehors le texte principal, venaient ponctuellement et discrètement rappeler la présence de l’auteur ou du copiste et par cette marge son droit au chapitre. Pour son conte, Philippe Thireau n’a pas choisi le ton prophétique, vertical, qu’avait adopté Saint-Exupéry. Pour trace d’ un face-à-face il a eu recours à un biais ; pour le plaisir de conter le fond de la vie, il a choisi un genre littéraire hybride, de type populaire-poétique, ou réaliste-magique, ou parigot-exotique (Belleville, les déplacés-abandonnés, la prostitution, l’odeur de sable chaud,…) L’auteur est interlope.
Ça commence ainsi (une femme ouvre le robinet des rafraîchissements de mémoire) :
Elle aimait étendre ses jambes sur
joye, joye les cimetières de sable
enferment les rêves
cardés des mers déshabillées
échouées dans le sec
aimait étendre ses jambes sur une table du café du coin, aimait étendre ses : » Donnez-moi une chaise, allez » lançait-elle aux hommes médusés. « Hé ! Les gars. » Son regard bleu ou gris suivant le jour, la lumière, l’intensité de l’instant, l’incendie des sens, scrutait alentour, comme ça (des yeux couleur méditerranée, là-bas, coulant entre méduses et calamars)…
À la fin, le conteur envoie ses personnages à l’éternité et l’effacement. On écrit bien sur le sable.