Gratitude par Claude Minière
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Ce que j’aime le plus dans le texte de Yannick Haenel, c’est que l’auteur en vient à parler de gratitude (« J’éprouve de la gratitude envers Bacon... « ). La suite de la phrase est un peu décevante (« ...car sa peinture me nourrit. ») Décevante car la gratitude est un sentiment et une sensation pleins, sans justification. Mais je retiens avec conviction « J’éprouve de la gratitude ». Pour ma part, devant une peinture que j’aime (Turner, Constable, Cézanne, Newman), si je devais retenir un seul mot, si un seul mot de mon ventre montait à mes lèvres, je dirais liberté. Je suis heureux soudain de la liberté avec laquelle le peintre s’est frotté au défi, avec laquelle il a « traité le (son) sujet », dans laquelle il a fait courir les couleurs, choisi le cadrage, comment il a travaillé certains détails et ailleurs montré de la désinvolture. Bref, je suis empli de gratitude pour cette liberté. Un mot suffit ; si jamais je laissais se glisser un adjectif ce serait avant le nom « vive » et après « souveraine ». Puis, rien à ajouter. Je suis convaincu qu’en nombre (comme le montre Yannick Haenel) les sensations convergent et se concentrent à la fin en un seul mot, majeur, que vous vole la peinture et que vous emportez ensuite dans votre cœur. Gratitude comme liberté est un sentiment unique qui vient couronner une longue succession de sensations et qui les emporte. Et qui ne se discute pas, ne se discute plus.
