Antonia Bellivetti de Nathalie Quintane.

Les Parutions

07 juil.
2004

Antonia Bellivetti de Nathalie Quintane.

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Nathalie Quintane a déjà frôlé le récit avec Jeanne Darc, elle a joué avec le narratif pour le théâtre (Les Quasi-Monténégrins) ou le cinéma (Mortinsteinck), il lui restait à écrire un roman mais pas n'importe quel roman, ainsi qu'elle l'écrit sur la quatrième, un roman pour la jeunesse destiné aux adultes??? ne voyons pas là un oxymoron : ce livre est en effet POUR la jeunesse (au sens où il peut être lu comme une défense de celle-ci) mais certainement inaccessible à elle ; réservé du moins à des lecteurs expérimentés. Il ne s'agit pourtant pas non plus d'un essai psycho-socio complaisant, larmoyant sur les zones de non-droit. Quintane scrute la banlieue comme St Tropez, exotisme et lieux communs, pour les possibilités que cet espace offre à sa pensée, à sa cruauté, à sa jubilation, à son questionnement de type carrollien (on peut s'ennuyer plus mais peut-on s'ennuyer mieux?!), à son écriture.
Il y a d'abord (au sens où ça saute aux yeux du lecteur plus que le reste, on est bien dans le roman) des noms, vrais ou empruntés et aucun de ceux qu'on attendrait.
La cité où vit (?), où (plus exactement) habite Antonia Bellivetti s'appelle Michel Foucault, sa meilleure copine Ité et son petit caïd de frère Luc, son jeu électronique préféré Buffalo Budget, sa soeur Boulimi, leur chat Cafard ; il y a aussi le MAC (Mères Actives avec la Cité!) et les marques des chaussures dont rêvent les adolescentes ; elles partent en vacances chez leur grand-mère à La Souterraine (ça existe vraiment) dans la Creuse (où pour piscine on peut dire pistoche!) qui a un essentiel point commun avec la banlieue...ce sentiment qu'on ne pouvait pas en sortir (= on ne sort pas d'ici). Comment s'échapper quand la vacuité s'est emparée des esprits et de toute chose et de tout SUJET? Même l'intrigue vient se fracasser sur ces creux ; caillasser des voitures n'est pas tellement plus excitant ni répréhensible qu'un jeu vidéo. On pense à Elephant le film de Gus Van Sant, même objectivisme du constat, même retrait de l'auteur face à l'énigme d'êtres vides ; sauf que le livre de Quintane n'est pas simplement juste et éprouvant, il est drôle.
Et cette drôlerie, forcément coupable, poursuit longtemps le lecteur qui se demande longtemps quel livre il a eu entre les mains...peut-être le premier roman de non-apprentissage?
Le commentaire de sitaudis.fr éd. POL
158 p.
14 €