Dans l'œil de l'oubli de James Sacré, extrait

Les Parutions

19 juin
2015

Dans l'œil de l'oubli de James Sacré, extrait

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 Les éditions Obsidiane viennent d’éditer ce livre (suivi de Rougigogne, édité par la même maison en 1983).

Nous publions intégralement ci-dessous, avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur, le texte de la page 35 dont le début a été choisi pour la quatrième de couverture ; il constitue non pas le cœur de ce livre mais sa plus discrète, brève et néanmoins puisssante méditation morale et esthétique, les deux étant toujours parfaitement intriquées chez l’auteur.

 

 

      Sait-on jamais qui on est, à aucun moment de la vie ? Ce qu’on est devenu, comment quelque chose s’est constitué, un caractère, l’allure d’un corps, ses mouvements, et comme une histoire autour du nom qu’on porte ? On aimerait que tout un passé puisse se lire dans la pleine lumière de ce qui fait l’aujourd’hui, alors qu’on ne peut que s’interroger sur ce passé, et sur le sens moral qui nous tient vivant, là dans l’instant, et qui suscite ce questionnement. Ne faudrait-il pas commencer par se demander d’où nous vient ce sens moral et pour quelles raisons ? On sait bien en effet qu’il ne repose sur rien qui serait définitivement du vrai. Ou du bon. Pas non plus du beau. On sait bien que ce qui se trouve défini en soi comme tel on l’a mêlé depuis toujours à ce qu’on a appris à désigner par  les mots « mal »,  « laid » et « faux »  - et qu’en plus tout se trouve compliqué par le fait que le mal peut-être beau, la laideur vraie et le faux réellement tendre et compatissant. Ou à l’inverse le vrai laid, la bonté fausse et la beauté mauvaise. À quelle aune donc mesurer le passé qui encombre (malaise qu’on a à constater tel geste qu’on a fait, telle pensée qui nous est venue) notre désir d’être agréablement transparent aux autres, et à nous –mêmes ? Cette sorte de serpillière qui est notre vie passée, on a beau la tordre et la rincer d’eau claire, cela reste toujours un peu sale et en somme ce n’est pas son aspect de chiffons à la fin rendu plus propre qui nous intéresse, mais bien plutôt cette saleté qu’on a cru évacuer en l’essorant. Et maintenant comment la retrouver ?  Et si dans l’effort qu’on fait pour en quelque sorte pouvoir s’en vêtir à nouveau, on ne s’invente pas (comme a pu faire Jean Genet, c’est du moins l’impression que j’ai parfois en le lisant)  une trop mauvaise crasse dont on finit par s’enorgueillir ? Alors qu’on n’était peut-être tout banalement (humainement) que médiocrement mauvais. Comme, au demeurant on est le plus souvent fort banalement et médiocrement bon, vrai ou faux, beau ou laid.