DHead de Xki Zone par Marie-Céline Siffert

Les Parutions

10 sept.
2006

DHead de Xki Zone par Marie-Céline Siffert

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Une tête est présentée, explorée, une tête cogite s'analyse, s'enchemine méthodiquement dans ses abîmes et ses détériorations, vieillissement et pertes (cheveux mémoire langage). Une tête, head, se raille, se détaille, souffre, sent la maladie d'elle, la mort, dead.

voici ma tête à pâte molle
sous croûte à râper d'où je remue
d'en bas dedans
de dents croquées qui puent
une coulée de mous à voix cratère de mots moisis


L'anglais au début du livre, les vers, la mise en page évoquent la musique, Radio Head, Charlotte Sometimes, et font du texte une partition, physiopathologique, que l'on a envie de lire à voix haute. Peu à peu les vers s'allongent et deviennent une leçon médicale délirante, gore, presque jubilatoire, exposé précis fou pervers. Le champ lexical de la tête s'écume, les mots hybrides deux en un sont partout, athl-Autisme, TriZombie 21, éjacoule.

il n'est pas rare que le crâne tarass bulba rasa fasse bosse
suaire blanc de poulet bombé, surtout si faisandé
que le crâne soit un costhume sur mesure, un habitacle à usage
unique, un squatafalque, surtout si l'odeur s'en mêle
que le crâne serve de cercoeil


Dhead propulse un condensé d'écriture et d'énergie tout en passant au peigne fin la zombification actuelle d'une (morte)tête et sa gangrène. Violence et précision. Des posologies peuvent suivre les études descriptives : la seule technique pour éviter cette toxicité est la mise en place d'un casque réfrigérant. Ambiance Eraserhead, agitation affolée et résignée, ironique, avant que l'auteur Xki Zone n'appuie sur la gâchTête.

Visuellement les lignes de -----, <<<<<, >>>>>, ne laissent aucun vide, pas de respiration aux 32 pages. Les sous-titres gras placés dans les graphiques ou électroencéphalogrammes annoncent un zoom nerveux sur une dégradation : Tête de MGongDole, Trépanation / for the masses, Alop(r)écie-s de décomposition, ou encore Anatomie post mortem du système facial.
Dans sa belle couverture terreuse et vertébrée, c'est le 5ème livre à lire de la pertinente collection Phacochères, livres-poèmes de 32 pages des éditions Le Quartanier. Le texte de Xki Zone se conclue sur L'album de souvenirs, série de titres d'autoportraits photographiques contemporains, jusqu'au dernier portrait de l'artiste en artiste : s'il est mort, l'artiste, il n'est pas mort de rire. Et s'il n'est pas mort, Xki Zone, on aura envie de le lire encore.