Forêt noire de Valérie Mréjen

Les Parutions

02 mars
2012

Forêt noire de Valérie Mréjen

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Comme la pâtisserie à laquelle son titre fait penser, ce livre suscite de violents désirs et parfois jusqu'à l'écœurement, à condition de tirer ce terme vers un sens plus nouveau, celui d'une sortie du cœur.
Il est composé d'ingrédients traditionnels, hétérogènes et improbables :

des faits divers rapportant des morts banales ou atroces, des tranches de vies coupées.
la récurrence d'une date, le 31 décembre
des titres de film ou de séries
des noms de lieu
des descriptions concrètes
beaucoup de noms propres cachés (par exemple ceux de Pauline Lafont et de Bulle Ogier)
seulement deux prénoms, Bob et Pierre
une coquille (p. 121, ce celui-là au lieu de de celui-là)
un travail fin sur les pronoms démonstratifs et le temps des verbes
le nom de la contrée allemande dite Forêt-Noire (avec un trait d'union), coupé entre le bas de la page 25 et le haut de la page 26
et, pour employer un terme qui aurait son équivalent culinaire, en interpolation avec les ingrédients ci-dessus, le récit d'une narratrice qui a entretenu des rapports d'incompréhension avec sa mère défunte et la fait réapparaître dans une sorte de fiction contrefactuelle, presque uniquement centrée sur les réactions qu'aurait le personnage face aux changements produits depuis sa disparition :

Je crois qu'elle ne comprendrait pas cette étrange mode récente.

Le titre renvoie aussi à la forêt noire du Conte, la narratrice pourrait être la fille de Blanche Neige.
Cette dérive urbaine et temporelle, semée d'indices et de friandises pour lecteurs et cinéphiles, fait naître un suspense intense, la structure du texte émeut plus que ses contenus pourtant propres à susciter la compassion, l'intelligence et le regard de l'auteur scintillent partout sans s'exhiber et la noire chute finale ne déçoit pas.
Valérie Mréjen, écrivain qui a beaucoup publié chez Allia et vidéaste, offre son premier grand livre à POL sous l'étiquette de roman, l'amalgame qu'elle réussit semble davantage relever de la poésie qu'on aime, crue et cruelle.
Le commentaire de sitaudis.fr éditions POL, 2012
128 p.
10 €