L'aigle abolie de Dominique Meens.

Les Parutions

03 avril
2005

L'aigle abolie de Dominique Meens.

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Acheter ce livre est un salutaire geste militant comme le fut en son temps celui qui couvrit de dollars non subventionnés l'auteur des Versets sataniques : contre l'intolérance à la française, poujadiste et néo-libérale, voir sur ce site les articles obtenus à partir de l'entrée Assouline et Garcia, journalistes qui s'acharnèrent contre Dominique Meens, auteur du présent ouvrage.
Ce qui ne signifie pas que ce geste doive en cacher, en gâcher une (SIC) autre : celle (re-SIC) de la lecture!
Si l'on en croit Fumarolli lisant Swift prétendant lire Esope, il y aurait deux espèces d'auteurs, les araignées qui, par orgueil, veulent tout tirer d'elles-mêmes et tissent des pièges de mort avec leurs excréments et d'autre part les abeilles qui font leur miel de toute fleur, ne craignant pas de puiser chez les anciens l'air et la lumière de leur sagesse. Le butinage érudit donne des ailes à Meens comme à Joyce ou Arno Schmidt.
L'auteur en sergent chef emmène sa petite troupe faire des pompes dans les méandres de la bibliothèque universelle, son arrogance mise à distance par une jovialité qui cherche et trouve plus de vers que de vérité :

Là où les aigles n'ont jamais séjourné, leur retrait sera moins visible.

Matérialiste progressiste et espiègle dans la lignée de Diderot, Meens est un styliste mais aussi un promeneur dingue à la Walser (cité) qui ne finira ni dans la neige ni chez les spécialisses(sic) ni dans la poudre des journalisses (re-sic), c'est un grand humorisse, un polémisse (qui traite Messiaen de brêle et maltraite Lacan), un pamphlétisse, un érudisse hellénisse, un communisse, un équatorisse, un niktasorrisse des clarisses, un terrorisse plastiqueur de romans et récits narrés, un ornithorisse et bien d'autres avatars encore, c'est donc un grand amoureux et un poète dont certaines fulgurances valent le haïku ; et nombre de ses phrases nécessitent une seconde lecture immédiate. De la page 124 à 215, donc sur 91 pages non paginées qui paraîtront un tunnel à beaucoup, il aligne de la poésie (presque) pure, démonstration de maîtrise à la Beurard (connivence entre ces deux-là), hommages divers et humour toujours : on découvrira ainsi à la toute fin de ce passage un hexagon, poème de 6 vers de 6 pieds affublés de 11 notes sur deux pages!
A chaque lecteur de trouver son nid dans ce grand lllllllllllvre et ses niches, de tantôt survoler très vite les ingrats passages de ce triptyque (nom d'oiseau!) et tantôt s'appesantir, de découvrir quels gouffres sont propices aux envols après sautillements, pour une ivresse sans foi ni croyance. Mais surtout ne pas manquer son éthique d'écrivain et d'homme en à peine deux pages (94/95) ni ses considérations jubilatoires sur la paresse et le sens des rêves, sur la patience, l'attente, le désir des parfums infâmes et la littérature (?). Enfin, lire la leçon III de la page 234 pour la saisissante double vue du condor. Et ne plus en revenir.



NB
Eviter de lire la quatrième de couverture (encore une fois : pourquoi n'est-ce plus l'éditeur qui s'en charge?!).
Et pourquoi tant de coquilles?! Contaminés par les oiseaux, les desperadoes de Rimbaud languiront désormais jusqu'à la prochaine édition après l'orge (au lieu de l'orage).
Le commentaire de sitaudis.fr éd. POL - 2005
375 p.
25 €