L'organe du langage, c'est la main de Valère Novarina

Les Parutions

25 nov.
2013

L'organe du langage, c'est la main de Valère Novarina

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Le Docteur Soufflant

 

 

 

La quatrième de couverture de l’ouvrage annonce à bon droit qu’il s’agit de la première monographie documentée sur Valère Novarina ; elle aurait pu, dû paraître il y a déjà longtemps et des tentatives infructueuses chez d’autres éditeurs, donnent encore plus de prix à celle-ci, elle ne pouvait trouver meilleur refuge que chez Catherine Flohic, dans la collection bien nommée qu’elle dirige elle-même Les Singuliers.

Car si Valère Novarina est désormais bien connu comme dramaturge (il a été joué à la Comédie Française), il figure aussi dans la Collection de poche Poésie de Gallimard (préface de Sollers), la collection TXT dirigée par Christian Prigent a été son premier lieu de publication et son principal éditeur est P.O.L, il est inclassable, impossible au sens bourdivin et même divin.

Comme tous les autres ouvrages de la collection, il s’agit d’une rencontre entre l’auteur et un interlocuteur, différent pour chaque auteur ; si certains sont bien connus de nous (Tristan Hordé pour Jude Stefan, Bénédicte Gorillot pour Prigent, Jean-François Puff pour Roubaud, Didier Garcia pour Lucot, Gérard Tessier pour Philippe Beck ou carrément repérables (Gabriel Bergounioux pour Pierre Bergounioux !), Marion Chénetier-Alev porte un patronyme digne de figurer dans une liste novarinienne ; on apprend par le web que c’est une universitaire tourangelle et par la quatrième de couverture, qu’elle a suivi le marcheur grimpeur, l’homme de Souffle qu’est aussi V.N. pendant une semaine dans sa montagne natale (et non sacrée), alternant montées et descentes.

Comme dans tous les autres ouvrages, de nombreuses pages de gauche offrent une anthologie judicieuse, les marges présentent de nombreux documents photographiques inédits, il y a également des photos en couleur des représentations et des formidables dessins de l’artiste-auteur-metteur en scène, une chronologie de l’œuvre, des notes et un index des noms cités.

Les chapitres correspondent presque à la semaine de Marion, ils s’arrêtent humblement au Cinquième jour (le sixième eût été trop biblique), d’autant que les premiers mots en italiques de la première question sont :

Au début sont les écrits ...

Marion C-V connaît parfaitement l’œuvre et le monde du théâtre, certaines questions sortent de l’ordinaire échange attendu, exemple :

Comment avez-vous pu passer d’Artaud, qui rejette le texte, à un théâtre qui n’est que du texte ?

V.N. se montre tour à tour comédien, conteur, sincère, comique comme ses acteurs fétiches, cruel comme le Momo, savant et mystique, enraciné dans ses voies de Savoie.

Ce livre passionnera aussi bien les connaisseurs de l’œuvre, les fervents d’art trans-genres et de transgression que ceux qui la découvriront à l’occasion de cette publication ; cela dit, une conversation avec V.N. dans cette langue de la communication qu’il ne cesse de fustiger (des métaphores un peu triviales nées parfois sur le fil de l’échange n’empêchent pas le surgissement de locutions qui sont autant d’échappées de la cérébralité d’homme), constitue-t-elle la meilleure introduction à son œuvre ? n’est-elle pas un obstacle au contraire ? Non, de même que selon V.N. les gens invisibles dans les coulisses du cirque, les « galoupes » sont parfois plus intéressants à observer que les acrobates, de même ce qu’il dit de son enfance, de ses pairs, de ses maîtres, de la genèse de ses livres, accroche plus facilement l’attention qu’un extrait du Drame de la vie.

Le projet de V. N., poète qui a conquis le théâtre pour s’arracher au milieu des échangeurs de plaquettes, est radical :

Le théâtre ne doit pas s’appesantir sur l’ « homme », appesantir l’homme mais nous délivrer de sa carcasse.

Grand lecteur de la Bible (et l’un des traducteurs modernes de la Bible de Bayard) et des mystiques, de Bossuet et de Madame Guyon, grand non lecteur aussi (à la question de son rapport aux livres non lus de sa bibliothèque, il répond que certains de ces livres n’en ont pas moins une présence forte, surtout quand ils ont été non lus plusieurs fois !), Valère Novarina se livre, il s’offre avec sa ferveur, sa formidable énergie spirituelle, d’autant mieux que Manon C-A a su le laisser habiter le temps de très longs silences, ils vibrent entre les pages.

Le commentaire de sitaudis.fr

Dialogue avec Marion Chénetier-Alev

Argol éditions, 2013

250 p.

29 €