La Berceuse et le Clairon / de la foule qui écrit/ de Philippe Beck, extrait

Les Parutions

04 janv.
2019

La Berceuse et le Clairon / de la foule qui écrit/ de Philippe Beck, extrait

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(…) le défaut de progrès au plan de chacun prépare sa relève ; l’attente d’un progrès de l’espèce est le fait de chacun. L’expression de l’attente peut s’appeler Littérature. Son rôle dans le procès de socialisation et de pacification culturelles a reçu des formulations modernes majeures. Quand la figure du mage ou du littérateur prophétique s’est estompée en apparence, au xixe siècle, avant d’épuiser sa tyrannie dans le paradoxe de sa diffusion, de son partage démocratique, le monde a additionné les individus littéraires, autorisés à exprimer l’esthétique d’une ambition défunte et rêvée publiquement. Mais « défunte » signifie alors : qui fonctionne à l’envers. Les piédestaux de la solitude sont dressés à revers : l’esseulement est une condensation décrétée. Les condensés se côtoient comme des Pierrot lunaires. Le langage est le lieu démocratique-esthétique du désir de la guerre maintenant. C’est une guerre pour la densité manquante. La pulsion d’écrire ne peut se réduire à « la fureur de l’homme qui veut se distraire » (Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny), ni à la dispensation de « doulces et consolatives parolles » (Jean Molinet). Le désir d’en découdre dans l’expression, de recoudre les peaux d’expression à même soi, les interventions pour tous, est l’effet d’une ambition fantôme dans le conflit de statues vivantes. C’est encore une ambition commune. L’idée de la littérature est puissamment diffuse dans les têtes et les cœurs, et les plumes les assemblent pour une densité (le serrement d’une force d’esprit dans un style). L’écriture est permise à tous dans l’idée d’un bonheur commencé en eux ; ils rivalisent pour dire ce qu’il y a à dire, l’inexprimé flottant.

 

Le commentaire de sitaudis.fr

 

à paraître en février 2019, au Bruit du temps.