La fugue inachevée de Beurard-Valdoye.

Les Parutions

20 mars
2004

La fugue inachevée de Beurard-Valdoye.

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Depuis que l'auteur est obligé de présenter son livre en quatrième de couverture, on n'est premièrement plus très sûr que le livre ait bénéficié d'un éditeur distinct de l'imprimeur, c'est-à-dire d'un véritable premier lecteur ; deuxièmement, le texte rédigé ressemble souvent à l'encre lâchée par la seiche pour sa défense. Mais ce n'est pas le cas de Patrick Beurard-Valdoye : sans doute parce qu'il enseigne aux Beaux-Arts et parce qu'il a présenté lui-même de nombreux livres lors de son …crit-Parade à Lyon, il sait ce que présenter veut dire, il sait mieux que personne introduire clairement, il faut donc lire ce qui est mieux qu'une quatrième, mieux qu'une préface en lieu et place : un poème initiant au poème.
Transmettre, traduire, aider à passer et trépasser, soulager les fantômes de leurs secrets pour qu'ils puissent enfin reposeret comprendre, ce sont quelques-uns des termes de nos présentes odyssées.
Et le poète n'a plus honte de lui-même devant l'historien qu'il bouscule, Walter Benjamin et son narrateur sont passés par là.
Mais le travail du deuil et le savoir de la souffrance n'empêchent rien. Ne privent l'écriture d'aucune ressource. L'épithète jadis homérique est devenue comique, ainsi Heidegger peut être nommé sans l'être, Ernst Jünger être épinglé en Grand-Anarque ou Céline : Bébert Céline toujours en quête de sensationnel champion de l'effet produit...Ferdine le véloce le loufoque tressautant...Ferdine le Dante-des-gammés-de-la-guerre etc. ; Pétain, l'un des infâmes, est dit Philippe-le-dernier, dit aussi (entre autres) Bouc-lié (en référence au fameux "bouclier"), avec les jeux sur l'abréviation de Maréchal, il en prend pour son grade, drôle de carnlaval, sans oublier le plus classique ambassadeur aux yeux de crapaud, l'Urbaniste-au-nez-de-hibou ou la réduction familière et affectueuse du patronyme substantivé : l'Hölder
Tant d'autres vérités sont charriées par cette langue au-dessus de laquelle vole l'ange du narré et qu'il faudrait sonder pour répondre à tant de générosité.
Dans le droit cours des ouvrages précédents, le quatrième (et dernier?) volet du Cycle des Exils est plus limpide et plus lyrique ; poème en vers ou en prose, étayé ou non par documents ou témoignages, il bouleverse autant par sa façon de traiter le tragique (comme dans l'épisode de la mort de Laval) et de renouveler l'épique que par les questions qu'il soulève, par les moyens qu'il se donne d'ébranler ce que nous voudrions préserver d'intime quand déferle l'Histoire.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. Al Dante/ Niok (2004)
471 p.
25 €