Manger avec Piero de Maryline Desbiolles.

Les Parutions

22 avril
2004

Manger avec Piero de Maryline Desbiolles.

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La grande douleur de l'homme, qui commence dès l'enfance et se poursuit jusqu'à la mort, c'est que regarder et manger sont deux opérations différentes. La béatitude éternelle est un état où regarder c'est manger.
Si Simone Weil a raison de croire cela, alors la narratrice des deux récits qui composent ce livre de Maryline Desbiolles, est en état d'apesanteur et de grâce, de béatitude absolue ; les grandes séparations sont pour et par elle abolies, elle a faim des mets qu'offre l'Italie, de l'hostie de l'enfance au risotto noir, comme elle a faim des images d'un Piero qui n'est pas seulement le célèbre peintre della Francesca ; qui pourrait aussi être l'Aimé qu'a connu la Thérèse plus tardive du Bernin : et pourtant nous nous quitterons à la fin du repas comme si nous ne nous étions jamais mangés l'un l'autre.
Il serait idiot de tenter d'aller plus loin dans la paraphrase de ce texte lumineux, avec une formulation encore alourdie par la transitivité triviale des verbes "regarder et manger" ; ou d'évoquer dans cette sidérante empathie avec le peintre toscan, l'esquisse d'un impensable christianisme hédoniste (que l'auteur du Goinfre crée ou ressuscite?!). La tentation est pourtant grande comme est grande celle de dévorer ce livre. Ou mieux, selon le mot que l'auteur aimerait pouvoir dire , de l'encorporer.
Le commentaire de sitaudis.fr suivi de Le risotto à la fraise
Mercure de France (Le petit Mercure)
39 p.
2,50 €