NOUS NOUS AIMONS de Frédéric Boyer.

Les Parutions

01 août
2004

NOUS NOUS AIMONS de Frédéric Boyer.

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Louise, une parisienne entre quarante et cinquante ans, a-t-elle pris un amant ou se met-elle à dérailler pour de vrai? Autour d'elle, des voix amies qu'elle reçoit à dîner, voix plus ou moins consistantes et remontrantes s'interrogent, l'interrogent, la conseillent ou la taquinent. Elle répond parfois, évoque son père et... non pas SON mais LE Mari : l'usage constant du pronom défini pour désigner celui-ci nous arrache à la trame désinvolte du romanesque pour nous conduire vers les abstractions du monde de l'Amant avec sa mystique, sa symbolique compliquée et ses variantes (le Prince Charmant) comme rêve d'une vie meilleure.
Ce livre tire prétexte des situations les plus triviales, les plus ordinaires pour traiter de l'attachement et de sa durée, de l'amour et de la morale, du sexe et de la mort, des illusions du savoir et de la vie civilisée, de l'exténuation et de l'impossibilité du dire. Des philosophes sont convoqués, d'Aristote à Kierkegaard en passant par Kant et St Thomas D'Aquin : ils sont parfois cités dans des notes en marge, toujours titrées en gras qui constituent des propositions (dont une dite lasse) ou des relances pas toujours très honnêtes (dont une recette) mais qui suscitent pauses et méditations.
Frédéric Boyer est un auteur majeur de l'écurie POL. Il a obtenu le Prix du Livre Inter en 1993 avec Des choses idiotes et douces, un vrai roman. Et il fut le maître d'œuvre (assez critiqué) de la nouvelle Bible (dite des poètes) chez Bayard. Ses titres sont toujours excellents et le sous-titre de celui-ci, qui détourne les titres des best-sellers à l'américaine, est un meilleur indicateur que la déclaration entre guillemets : c'est bien un traité de savoir-vivre qui nous est proposé, un guide hybride plein de trous, de fautes et de doutes. Peut-être pas toujours volontaires, ainsi la présence d'un espace trouant un mot pas anodin de la phrase suivante :

...l'absence, la vraie, celle peuplée de messagers sile ncieux (sic), d'escortes vides, d'amis partis. (p. 97)

Ou l'absence du mot PAS devenu lui aussi fantômatique et silencieux dans la phrase :
`
...répond le fantôme en esquissant deux ou trois (sic) de danse sur une musique silencieuse (p. 146)

Ce livre dérange, inquiète, trouble, taquine, irrite, exalte et stimule le lecteur ; à l'image de ceux qui nous entourent, que nous aimerions comprendre et dont nous voudrions qu'ils nous comprennent mais qui ressemblent certains soirs à d'étranges pyramides noires symétriques, et impénétrables.Quelques passages lumineux en sont d'autant plus inoubliables :

Celui qui part est bizarrement condamné au bonheur par les êtres qu'il abandonne. Il a perdu le droit au malheur, au chagrin. C'est sa malédiction.
Le commentaire de sitaudis.fr ou Comment vivre avec le langage, l'autre sexe et la nuit qui tombe
éd POL (2004)
170 p.
18 €