Prévision de passage d'un dix cors au lieu-dit Goulet du Maquis de Pascal Commère

Les Parutions

21 nov.
2006

Prévision de passage d'un dix cors au lieu-dit Goulet du Maquis de Pascal Commère

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Ce titre, le dernier d'une série de onze poèmes dont certains sont parus en revue , celui qui nomme l'ensemble du recueil, paraît un espiègle défi pour la mémoire de l'acheteur potentiel lâché sans notes dans une librairie spécialisée : il est pourtant d'une simplicité, d'un réalisme presque trop marqué (marqué jusqu'à l'anecdotique), en même temps que riche d'une étrange intensité sonore (passage d'un décor ? oui mais chasse spirituelle autant que réaliste) ; il illustre bien cette œuvre déjà reconnue (sinon appréciée), au-delà du cercle des pairs de Pascal Commère.
Ni néo-lyrique ni géorgique ni militante ni savante ni nostalgique, heureusement inclassable, cette poésie décontenance avec des récits amorcés qui témoignent surtout de l'impossibilité de leur tenuemais n'en sont pas moins riches en évocations : comme chez Faulkner et Giono ou Ramuz (Commère est aussi l'auteur de récits et romans), cela dessine une campagne qui disparaît avec ses derniers outils et ses pendus mais dans laquelle la Fable est encore vivace, les dieux cachés tout près des bêtes, pas loin des angelots et des nains ; la chasse n'y est pas en quête de la seule viande, la grâce voisine avec la garce et des éclats de folie jaillissent qui peuvent

marier le poulain et la poule

Peut-être plus caractéristique encore, cet art de frotter le trivial au sublime, de sorte que le sarcasme désespéré n'est pas loin, à peine dissimulé par la fulgurance de l'évocation :

l'urine de renards tôt enluminés

Quelques mots rares ou évincés, tombés depuis longtemps en désuétude, font l'objet de la même attention, du même recueillement que les choses les plus dérisoires, broutilles, dada à bascule, bassines, les almanachs, les cartes, les griffes, les cloches, les écrous ; ces noms, ces mots sont rarement déformés par l'accent rural ou le patois (pierre devenant piarre) et pourtant celui-ci travaille en profondeur une syntaxe rude et fruste, âpre :

en quel patois longtemps mâché que langue mère nous désapprit si tôt placé en rang obscur
Le dire du pauvre paysan, du paysan pauvre, du païen, le dire du pagu fait question et empêchement, objet de rebut, de disqualification sociale dès l'école et induit sûrement de façon permanente...

la contrariété de qui ne peut dire sans colère

colère précédant de peu le mutisme et la disparition.
Là également, dans les tréfonds originaires de la langue la plus brute, le sol tutoie le ciel pour laisser jaillir la folie qui s'imbibe ou se pend et permet toutes les fusions (lombalgies d'herbes couchées), le glissement des règnes et des corps en toutes sortes de cors ; une écriture qui recueille choses, herbes, bêtes et gens de peu en une très matérielle et bruissante mosaïque, comme elle au bord de l'effacement parce qu'elle ne se croit pas salvatrice, différente en cela de la poésie épico-démocratique plus optimiste d'un Beurard-Valdoye, avec laquelle elle entretient tout de même une parenté telle qu'on ne s'étonne pas de voir un même éditeur les rapprocher.
Le commentaire de sitaudis.fr Editions Obsidiane-2006
113 p.
15 €