Look at him par Alexis Bernard

Les Incitations

23 déc.
2002

Look at him par Alexis Bernard

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Plusieurs textes ont été mis en ligne sur Sitaudis, au sujet de la micro-édition. Celui-ci s'inscrit, d'une certaine façon, dans ce ìdébat", mais tente surtout de percer le non-dit (et son pourquoi) dans le discours de PLP.

1- Deux revues sont citées dans "Look at me" (texte non-signé, attribué vaguement à PLP, qui confirme), Contre-Pied, et 4/5.
Tardy a très bien mordu (cf. son texte "Aujourd'hui..." dans les Excitations).
Maintenant 4/5.
Puisque, depuis quelques années (peu) quasiment dégagé de toute pratique d'écriture littéraire, et complètement en-dehors de toute considération revuiste, je puis tenter, moi aussi, peut-être, de ... ìprendre du recul".

4/5 a été créée il y a quelques années par Patrice Luchet et moi-même.
PLP parle donc de ìcoopérative agricole" (marrant, au moins) et de ìla convergence d'intérêt de petits producteurs locaux à la recherche illusoire de consommateurs".
Je ne peux donc résister à l'envie de citer ici quelques extraits d'un ìédito-proposition" qui n'a jamais vu le jour, puisque le numéro (2) qu'il appelait n'a jamais été conçu (et pour cause ... à l'intérieur).
Je rappelais alors les deux grands engagements poétiques forgés par les avant-gardes littéraires du dernier quart du XIX° siècle (on peut contester, moi je maintiens) :

ì1- ìlaisser l'initiative aux mots" dans l'espace paginal dès lors dit éclaté et où ne s'inscrirait plus du sujet (du poète) que ìla disparition élocutoire". Un poncif pour les uns, une empreinte historique pour d'autres.
2- Parallèlement et/ou contre ces manifestations modernistes du discontinu, l'énigme et l'obsession de la ligne. Passion du continu, du linéaire strict contre la virtuosité de l'éclatement."

Plus loin, j'aboutissais à cette proposition (je souligne maintenant les passages qui nous ramènent au grief PLPien) :

ìIl s'agirait en fait, pour chacun, et s'il le peut, de dire ici la singularité de son (ses) choix, tant les traditions du Coup de dés et du vers-librisme ont enfanté, durant ce siècle, d'épigonismes informes.
Et donc : de s'engager concrètement par le choix offert (car toute blanche) de la page, dans un débat qui, puisque depuis bien plus d'un siècle il n'a pas lieu, pourrit l'honnêteté des pratiques d'écriture et de ses circulations (éditoriales, revuistes)."

Enfin, je précisais, plutôt maladroitement (et pour cause, à nouveau ...) la situation intenable de 4/5 :

ì4/5 accentue la symbolisation de ces ambiguïtés jusqu'au paroxysme, de par son opposition interne, en constituant (puisqu'on en a trop glosé) l'impossible d'une revue consciente d'un intertexte trop monstrueux pour ne pas vouloir appréhender la folie du nouveau (on est ni théoriciens, ni érudits, ni cons, ni incultes). Elle ne se constitue, à chaque numéro, que sur le fil d'un paroxysme esthétique qui résulte de l'intime travail inconciliable de ses deux membres. Elle n'est pas un pont entre deux cultures ìpoétiques" de l'écrit. Elle est, en fait, la corde de l'apprenti équilibriste qui se croit trop moderne pour tomber."

Et, de fait, on est tombés. En tous cas moi-même, puisque je me suis en quelque sorte volatilisé. Si 4/5 existe encore, je n'y suis plus. Pour des raisons qui figurent, à peine en creux, dans cet Edito d'un numéro avorté, et pour d'autres.

Pour en terminer avec 4/5 ... nous n'avons donc publié qu'un seul numéro (titre : ìla désagrégation de l'écrit" ...!) où PLP, et d'autres, figurèrent. Il en fut ravi.
Puis Patrice Luchet s'est investi (en collaboration avec Ceux Qui Nous Chantent) dans la préparation d'un CD (numéro hors-série) de lectures de poésie (publiques, pas-publiques, sonores etc.) et de pas-poésie.
Puis j'ai dû (= je suppose) disparaître.
Me revoilou. God save etc .!
Additif le 12/01/03 :
J'apprends que 4/5 a changé de nom depuis la fin 2002 ; mon analyse s'arrête donc à 1999-2000 (évaporation de ma collaboration).


2- S'il faut, comme le pense justement PLP, ìexaminer le mode actuel des textes en question, et surtout les dispositifs ou les structures en cours de modification par rapport aux époques antérieures", on ne peut donc se cantonner à une analyse purement sociologique du phénomène. Et c'est manifestement ce qui semble gêner Le Pillouër ...
C'est une question de textes, oui, et d'engagement par rapport à l'acte d'écriture : on se souvient par exemple (ou on en a pris connaissance) de l'opposition -durant les années 70-80- entre une poésie dite ìblanche" et une littérature ì(re)dite" carnavalesque, entre les conceptions mallarméenne, rimbaldienne et ducassienne de la modernité. On croit savoir que TXT, entres autres revues (mais surtout!) n'a pas fait l'impasse de ces débats, n'en a pas occulté les manifestations et les engagements théoriques et pratiques.
Et puis plus rien! Tout le monde est d'accord avec tout le monde.
Comme si la Voix était devenue le ralliement cette fois-ci pleinement narcissique (et, parfois, mercantile) de -toutes générations confondues- la poésie dite ìmoderne" : on se lecture-publiquise en toute confraternité.
Comme si, également, on oubliait que quelques véritables réinventions formelles (parfois, aussi, ... formatages formalistes) qu'on assimile à quelques avant-gardes du XX° siècle (poésies visuelle, sonore etc.), découlent avant tout, en littérature, des gestes radicaux de la (fausse) bande des trois citée plus haut.
Comme si on n'avait jamais lu que, pour Baudelaire, ìcorrespondances" entre les arts ne signifie pas recopiage (pillage) imbécile de ce qui reste, en soi, un non-système, une irrésolution de sa propre insoumission (linguistique, signifiante).

Pourquoi, lorsqu'on veut nourrir ìun site ayant à coeur de défendre et promouvoir ce qui s'écrit aujourd'hui de plus vivant", et lorsqu'on fut soi-même membre de TXT, ne se pose-t-on pas ces questions essentielles, et ne fait-on pas le tri dans cette vivacité qui, conséquemment, m'apparaît de plus en plus faiblarde?
Qui, exactement, révèle (tactiquement, il me semble) ìune ignorance assez crasse des oeuvres du passé et pas forcément du passé le plus récent"?

3- Non, on préfère se POLiser, et on ne retient de la bataille des avant-gardes contre l'esprit de restauration qui perdure que les griefs surannés contre Sollers : on s'érige ainsi en vague bataillon POLien contre les vieux intérêts gallimardiens (on oublie qu'on a eu Mao en commun, mais bon, là ce serait trop long...).
Quand on regarde un peu le catalogue de POL, on se dit vraiment : ben oui, tout le monde est d'accord avec tout le monde! (on entend aussi : ben oui mais, monsieur, c'est dur de trouver un éditeur vous savez, faut en profiter quand l'occasion fait le cochon!). Il y en a qui puent pas assez.
Certes, côté assemblages hétéroclites (ìcoopératives?"), on peut mettre d'autres associations dans le même panier, Nioques notamment.
En ce cas, il faut oser, c'est-à-dire viser ce qui est visible, et ne pas se contenter de pointer du doigt ceux qui ne représentent rien face au grand consensus qu'on fustige.
Sitaudis en a la bonne conscience, mais manifestement pas le courage.

4- Au lieu de cela, Sitaudis considère par exemple que :
- Christine Angot est une ìcandide" parce qu'elle remet en cause la supercherie narrative (classique ou consensuelle), c'est-à-dire, au final, l'omnipotence d'un réalisme qui conduit Balzac à TF1 (et, en quelque sorte, le révèle). C'est tout sauf naïf, évidemment, mais ça plombe (littérairement et théoriquement) la quasi-totalité du marché éditorial.
- Philippe Beck c'était pas bien maintenant c'est bien! ... Même si on n'est pas d'accord sur ìle rythme et le vers". Quand on ne dit pas pourquoi on n'est pas d'accord, on a qu'à se taire. Car, là encore, de sérieux problèmes se posent question poésie (en tous cas, pour les textes qui y sont identifiés) : faut-il réduire toute prose à ìdes vers plus ou moins bien rythmés" (Mallarmé), faut-il à ce point métapoésier (et métaphilosopher) l'insondable stérilité de son propre discours (comme tout discours, dëailleurs)?
Ce sont des questions comme cela qui créent un véritable conflit, qui suscitent de vraies interrogations. Ne pas vouloir y répondre, vouloir noyer le poisson ... conduit à :

5-Ne pas voir (distinguer, happer ...) les formes vraiment singulières qui font l'effort de ce(s) questionnement(s), donc ne pas les faire connaître ou en noyer dëauthentiques dans le flux (le flot) dëinsignifiantes, et continuer à se draper des oripeaux souvent théoricistes d'une modernité de tradition et de patrimoine, mais plus de rupture.
C'est une sorte de merd(R)onisme ambiant, une aspiration (négation), voire un recyclage (gommage) du R jarryen.
Le commentaire de sitaudis.fr Alors que Patrice Luchet se tait, le co-créateur de 4/5 prend la parole, la polémique reprend!