Michel Verjux et Isabelle Lartault censurés ? Interview minute

Les Incitations

27 oct.
2010

Michel Verjux et Isabelle Lartault censurés ? Interview minute

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Q- Nous (Sitaudis) sommes venus à la Tour Montparnasse pendant la Nuit Electro, le samedi 9 octobre dernier et nous n'avons rien vu ni rien entendu. Des annonces dans les journaux et sur Internet annonçaient pourtant Tout le reste est dans l'ombre, la seconde occurrence de l'œuvre visuelle et sonore de Michel Verjux et d'Isabelle Lartault (après la première, durant la Nuit Blanche). Que s'est-il passé ?

R- Effectivement, jusqu'au soir même, notre intervention est restée annoncée alors que nous avions été prévenus, depuis quelques jours, que les commanditaires (les 300 co-propriétaires de la Tour Montparnasse) n'en voulaient plus ! Nous étions d'autant plus surpris que pour La Nuit Blanche les visiteurs avaient été enthousiastes et, qu'après bien des difficultés dues à des contraintes contradictoires (probablement non étrangères à ce qui allait se passer par la suite), nous étions parvenus à un résultat dont nous étions très fiers. Les co-propriétaires ont pris cette décision brutalement, sans avoir accepté de nous rencontrer, sans raison clairement énoncée, sans excuses, sans répondre non plus à notre volonté d'avertir la presse pour que le public soit informé (de l'annulation de cette seconde présentation pour la Nuit Electro) et ne se rende pas inutilement sur place. Une telle attitude révélant le mépris mais aussi la méprise : les co-propriétaires de la Tour voulaient sans doute de l'animation ou de la publicité alors qu'ils se sont retrouvés avec ... de l'art ! Ou bien y a-t-il quelque chose dans le contenu de nos œuvres qui les a dérangés ?

Q- Peut-on relier cela à la censure récente (interdiction aux mineurs) de l'exposition Larry Clark ? Aux dangereuses pulsions de rejet des intellectuels, des artistes, des étrangers que les gouvernants croient pouvoir actuellement manipuler à leur profit ?

R- Bien qu'il n'y ait probablement pas de rapport direct entre l'affaire Larry Clark et la nôtre, nous nous demandons toujours si, au-delà de la forme, le contenu même de notre intervention n'a pas joué un rôle dans la décision d'annuler cette seconde intervention...
Le problème que nous avons rencontré avec les "gens de la Tour" est en fait peu intéressant en soi. Ce qui l'est plus, en revanche, c'est qu'il semble y avoir, d'une façon générale, parmi les gens de pouvoir et d'argent, de plus en plus de crispations face à ce qui relève de la singularité, de l'altérité ou de la générosité. D'autre part, ces gens ont intégré dans leur habitus moyen une disposition qui leur permet dorénavant de se sentir "décomplexés" (pour reprendre un mot de celui qui est censé présider notre pays - et, avant qui que ce soit, donner l'exemple) vis-à-vis de toutes sortes de choses... Le langage utilisé durant notre cinquième République est du reste devenu de plus en plus évocateur et révélateur de l'idéologie du moment et des comportements réels qui en découlent. Que l'on songe seulement à la formule "plan social" lorsqu'on licencie, et qu'en réalité des employés se retrouvent à la porte, sans travail ! Qu'y a-t-il de "social" là-dedans? Que l'on songe, par ailleurs, que dans le champ de l'art, le qualificatif de "mécènes" a disparu au "bénéfice" de ... "sponsors" !
La politique actuelle du gouvernement va en tout cas dans le sens, sinon d'un décervelage, du moins de certaines formes d'asservissement, plus que jamais depuis longtemps. Elle va par exemple dans le sens d'un désinvestissement vis-à-vis de l'éducation, de la culture et de l'ouverture aux autres ! Avec une telle politique, ce qui est certainement attendu, ce sont des électeurs moins éclairés, gavés de divertissements en tous genres et donc plus dociles.
Le commentaire de sitaudis.fr Remerciements à Claude vercey, cf. ses ID sur le site de la revue Décharge