Drapeau rouge de Jean-Claude Pinson

Les Parutions

23 janv.
2008

Drapeau rouge de Jean-Claude Pinson

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Recueil comme il est stipulé sur la couverture, Drapeau Rouge assemble des textes et des vers (certains déjà parus en revues) tous traversés par la question de l'engagement au long cours de l'auteur, sous l'explicitée tenue camouflet de ... Aïe , en cellule comme il se doit, bien encadré et conseillé, équipée aussi érudite que drolatique.
Les distinctions entre les genres du journal, de l'essai, du traité et du poème sont maintenues mais joyeusement bousculées, questionnées ; les citations et prélèvements sont presque toujours référencés et rien n'est trivial ni sacralisé, la recherche de l'égalité travaille le texte dans ses dessous. Ce qui n'est pas estompé en revanche, c'est la responsabilité de l'auteur-narrateur, il répond de tout, engrenages, bêtises et crimes, mais sans se flageller : lui et ses camarades sont raillés et vus, soldats bien connus dans un même mouvement.
Ceux qui n'ont rien dit, ont fait semblant d'oublier et ont trahi, ne sont pas jugés, Jean-Claude Pinson n'est pas dans le ressentiment (voir le début de son excellente contribution au n°14, consacré à Beck de la revue espagnole Amstra-N-Gallar), ni dans le reniement : il cherche à retrouver d'autres fils dans le drapeau drainant, démêlés du pire.
Et à comprendre pourquoi celui-ci a tant séduit et rallié l'élite pensante.
Pourquoi nombre d'entre ces embrigadés ont fui la misère politique dans le non moins miséreux refuge poétique...

... éleveurs de phrases, voilà ce que nous sommes devenus.

Après l'engagement, le dégagement ?! La libération des têtes non pas brûlées mais vitrifiées ?!
Jean-Claude Pinson évite tous les pièges du récit de repentir et de la comédie de remariage , il montre les efforts de la reconquête du vivant, les ratages et même ... la trace d'un passage censuré par lui.
Généreux et subtil expert en noms propres et cryptages, il offre la clé du personnage de Gédéon dans le roman le mieux vendu sur cette même époque et thématique, Tigre en papier d'Olivier Rolin (Seuil, 2002).
Ce recueil peut se lire à toute vitesse en riant au rythme très jazz de l'auteur, (d'un rire noble et amer comme celui du Fellini des Vitelloni) mais il incite doucement à une lente lecture blousante de blues, méditante dans la mesure où il oblige à penser notre présent à la lumière de ces errements, d'un savoir douloureusement conquis sur 15 années de croyance, quarante ans après.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. Champ Vallon 2007
153 p.
15 €
Voir ici, les pages 119 à 121, Mallarmé m.l.