LA FABRIQUE DE L'IMPUISSANCE de Jérôme Vidal, (1)

Les Parutions

20 oct.
2008

LA FABRIQUE DE L'IMPUISSANCE de Jérôme Vidal, (1)

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La gauche, les intellectuels et le libéralisme sécuritaire









Traducteur de Melville (son Bartleby publié en 2004 permet de reprendre la lecture Deleuzienne), Jérôme Vidal est éditeur (Editions Amsterdam ) et directeur de publication de la Revue internationale des livres et des idées, c'est aussi un penseur-militant et un écrivain.
Le premier volume de La fabrique de l'impuissance, parvient à dessiner nettement le trou noir qui menace d'absorber la gauche de la gauche ; et à redonner espoir à tous ceux qui voient dans le capitalisme en crise, une menace de destruction pour toute la planète.
Avec une écriture d'une grande lisibilité, une légèreté et une absence de ressentiment qui n'exclut pas les critiques les plus intransigeantes, il nous donne les moyens de comprendre les impasses dans lesquels nous piétinons, la puissance de l'adversaire (Comment peut-on ne pas être thatchérien ?!) et la faillite de la social-démocratie mais surtout les faiblesses, les dérives des alliés et tout ce qui mine nos positions : Bourdieu et ses épigones, justement critiqués dans leurs prétentions à la scientificité, les intellectuels français et leur tendance à sous-estimer ceux au nom desquels ils parlent, notre trop grande méconnaissance de l'histoire récente ou la trouble satisfaction des associations lorsqu'elles obtiennent des résultats sous forme de lois condamnant, par exemple, le racisme et l'homophobie :

La judiciarisation des questions politiques ... vient en réalité court-circuiter la politisation des questions sous-jacentes, vient les dépolitiser et incapaciter ceux qui pourraient les porter. La loi devient alors un rouage essentiel de la fabrique de l'impuissance.

C'est un souffle nouveau qui nous vient de la culture anglophone, non pas ce qui circule à toute vitesse dans les marchandises sous le label Wasp mais une pensée radicale, anti-autoritaire, justement nommée démocritique.
Ainsi muni, Jérôme Vidal met en évidence le lien entre notre paralysie actuelle et notre difficulté à traduire et encore plus à penser des termes comme ceux d'agency et empowerment.
Du même coup, il prend vis-à-vis de certains récents gadgets théoriques franco-français une distance qui manque au public des militants :

La philosophie de l'événement d'Alain Badiou constitue une sorte d'idéal-type de la philosophie d'école française. Tout en leur empruntant formellement beaucoup, elle représente une réaction contre les efforts de tous ceux qui, comme Gilles Deleuze et Michel Foucault, se sont efforcés de la sortir d'elle-même ...

La reproduction qui figure en couverture, de trois cétacés échoués (gravure anglaise du XVI ème), évoque beaucoup pour le traducteur de Melville ; pour ceux qui vécurent Mai 68 et veulent penser ces événements, elle fait songer à la plage rêvée sous les pavés qui nous attire encore et nous perd.
Le commentaire de sitaudis.fr En librairie à partir du 10 octobre
La gauche, les intellectuels et le libéralisme sécuritaire
Editions Amsterdam (septembre 2008)
184 p.
7,50 €