Poèmes en langue vulgaire d'Eric Houser

Les Parutions

07 févr.
2010

Poèmes en langue vulgaire d'Eric Houser

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Même s'il est présenté par son auteur comme une compil (!), ce livre doit se lire d'abord du début à la fin, il s'avale d'un trait en suscitant une jouissance paisible, apaisante.
A la page 53, dans l'avant-dernière strophe d'un poème intitulé écrire ou dessiner , Houser pose la question Que faire ? , fumeuse question rendue fameuse par Lénine et l'on ne peut s'empêcher d'y voir l'une de ses espiégleries dans ce contexte éditorial, puis il répond :

rien d'autre que dessiner,
écrire,
sans s'imaginer,
et ne pas oublier d'enlever
« tout ce qui n'est pas lièvre »

Ou peut-être :
que tout ce qu'on dessine,
tout ce qu'on écrit,
soit lièvre, non à lever :
à suivre, dans sa vitesse,
l'éblouissement de
sa course dératée


C'est risqué de glisser son art poétique, si apophatique, dans une compil, c'est propre à exciter l'irritation des pairs, bien prompts à pointer les lièvres ratés, pas vus ou morts, les lièvres qui sont des livres, les masques et leurres de lièvres, ceux qui prétendent descendre de Mars etc. Comme Rauschenberg, dont il est plus proche que de Beuys (peloteur de lièvre d'aide toujours au bord du prêche), Houser est un maître de la juxtaposition et de la gomme ; tout son art, la conduite éthique de son art se trouve dans le 3 ème vers cité plus haut :

,
sans s'imaginer,


Juste avant le verbe qui pourrait être transitif, il y a le pronom personnel réfléchi élidé, il reçoit une force en retour de l'intransitivité du verbe et la formule bouclée entre deux virgules capte le soleil qui continue à nous éblouir depuis Giotto et Dante, auquel Houser rend hommage dans ce titre qu'on ne pilera pas.
Le commentaire de sitaudis.fr éditions Action Poétique, 2009
63 p.
10 €
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