Tendres boutons de Gertrude Stein.

Les Parutions

21 juil.
2005

Tendres boutons de Gertrude Stein.

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1
Gertrude Stein, peinte par Picasso ou plus récemment mise en planches par Cadiot, fait partie des figures mythologiques de la modernité mais son personnage et sa légende occultent son œuvre.
Pour la première fois traduit en français par Jacques Demarcq (poète justement renommé pour son travail sur Cummings mais aussi sur Zanzotto), ce livre n'a rien à voir avec les tendres boutons de rose lyrique ni avec les nuits de Scott Fitzgerald mais il permet de mesurer à nouveau, combien cette écriture continue de nourrir (trop indirectement), nombre d'expériences de jeunes auteurs contemporains ; dans sa remarquable mais trop longue postface, Isabelle Alfandary en définit très simplement le projet :

L'exploration de la substance des objets comme chose en soi se mue en découverte de la langue comme substance...

Ele ne dissimule d'ailleurs en rien le dégoût ou l'ennui que peut susciter chez le lecteur une grammaire qui a perdu le sens commun, distinguant en s'appuyant sur Barthes la jouissance et le plaisir.
Une petite pièce comme Pluie d'eau ...

L'eau étonnante et difficile fait somme toute une prairie et un coup.

...fait irrésistiblement penser à l'auteur de la Fabrique du pré tout en manifestant ce qui sépare l'écriture steinienne du projet de Francis Ponge, plein d'une confiance très humaniste dans les ressources puissantes et jubilatoires de la langue. Campant aux limites de la révolte dadaïste et du nihilisme chic, dans un champ où l'humour ne se produit que fortuitement, hors tout souci de plaire ou de révéler, les aphorismes déjantés de Miss Stein trouvent, malgré l'aura du livre d'Alice Toklas, moins de lecteurs empathiques que le français aux mâles herbes mais cela rayonne en sourdine dans les œuvres les plus novatrices.
Ceci explique peut-être le peu d'échos provoqués par cet événement éditorial, presque rien dans la presse : seule Pascale Casanova, dont c'est l'occasion de saluer le travail, lui a consacré du temps lors d'un mardi littéraire sur France-Culture.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. Nous (Caen-2005)
105 p.
18 €