Hong Sang-Soo’s movies par Thomas D. Lamouroux

Les Incitations

10 août
2020

Hong Sang-Soo’s movies par Thomas D. Lamouroux

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Dans le film, il y a toujours ce gars avec son sac à dos qui est seul dans une rue de maisons basses, et il y a toujours cette fille, et lui entre par une porte du temple, et elle par une autre, ou ils entrent par la même porte mais à un jour d’intervalle, et lui rentre et elle sort mais quand il la reconnaît, ou si c’est elle qui le reconnaît, ils se frôlent sans oser se parler, et il y a alors dans le film aussi cette femme mûre mais encore jeune qui ressemble à la fille, et elle est en compagnie de deux anciens étudiants qui sont amis et un peu rivaux comme toujours, et ils vont au restaurant où ils mangent du calamar et du poulet en buvant de l’alcool de riz et des bières, et très rapidement ils sont pas mal éméchés, et ils évoquent leurs souvenirs en réglant leurs comptes, et là dans le film, au fond du restaurant, il y a cette étudiante au milieu d’un groupe de jeunes gens en goguette, et ils boivent et ils mangent et ils parlent, et le professeur, qui est un des deux anciens étudiants et qui est très intelligent et très saoul, fait un esclandre assez grossier en s’enquérant de la vie sexuelle de la fille, et quand l’un des deux gars retour d’une longue absence sort fumer une cigarette, la patronne, qui est encore assez jeune, le rejoint, et il neige alors sur Séoul des dernières neiges de l’hiver, et ils n’échangent pas beaucoup de paroles mais un baiser appuyé, et là dans le film, à la fin de la soirée la jeune fille couche avec le professeur et quelques gouttes de sang coulent le long de ses cuisses, et celle qui lui ressemble, mais plusieurs années après, passe aussi la nuit avec l’un des deux amis, et au petit matin elle emmène le second de ses anciens amants dans une autre chambre, et elle lui demande s’il veut qu’elle le suce et comme elle le lui demande en copine et qu’elle n’a pas de problème avec ça, elle le fait simplement, et là dans le film, il y a toujours un départ ancien, et la question de partir ou de repartir, et le gars qui est parfois un réalisateur encore en activité, ou qui s’est retiré en province et revient à Séoul après un long séjour à l’étranger, est venu dans cette petite ville de province pour faire une conférence sur son dernier film qui est un film qui lui vaut la reconnaissance critique mais pas un succès publique, et il n’arrête pas de croiser des gens du cinéma qui s’interrogent sur ce qu’il est devenu depuis toutes ces années, et là il y a cette scène qui se répète deux ou trois fois et qui varie très légèrement parfois mais parfois du tout au tout et qu’on reconnaît quand même, et qui revient dans un tressage mouvant, et tout le film alors est fait de ces trajectoires de plusieurs individus dans une ville qui s’ignorent ou se recherchent et parfois ne réussissent pas à s’éviter et se retrouvent à la suite d’une série d’accidents semble-t-il parfaitement aléatoires, et dans cette symétrie de hasards papillonnants, il y a dans le film souvent ce gars qui revient complètement ivre chez son ancienne copine, et qui éclate en sanglots en s’accusant d’être un salaud parce qu’il est parti et qu’il l’a trompée ou qu’il a rompu, et ils finissent la nuit ensemble et le lendemain il lui dit au revoir, mais l’après-midi lorsqu’il la rencontre, elle ou une autre qui lui ressemble, ils fument une cigarette dans la cour l’un à côté de l’autre sans se parler, et le soir finalement donc ils vont dans un restaurant où ils mangent et boivent et fument et reboivent jusqu’à devenir complètement hébétés, et ils font l’amour d’un amour sans lendemain mais des années plus tard bien sûr, et ils le font pour retrouver leur premier amour, et donc dans le film chacun sort par une porte différente ou par la même porte mais ils ne vont pas dans la même direction, et s’il arrive qu’ils ne se croisent pas, ils mettent pourtant chacun leurs pas dans ceux de l’autre, et c’est comme les traces dans la première neige du matin où l’un des deux gars a remis ses pas après avoir d’abord reculé pour qu’on les croit sortis de nulle part du tapis immaculé de neige, et là pour fêter leurs retrouvailles ils vont boire un verre puis un autre et manger un morceau, et à la fin ils sont complètement saouls, et ils aperçoivent successivement par la fenêtre la silhouette familière d’un amour de jeunesse, ce qui ne les empêche pas de draguer la serveuse, mais ce n’est pas elle et elle, elle regarde le soir tomber et elle sort par la porte de service et les deux gars se disent adieu, et c’est presque la fin, mais elle, elle hésite encore entre ses deux amoureux et partir ou rester, et donc ils marchent sous les arbres en fleurs et le lendemain, ça recommence mais c’est un peu différent, car le professeur ou le réalisateur se retrouve tout seul devant la porte tambour du restaurant, et il fait quelques pas dans le petit matin frais pendant que la jeune femme dans le taxi s’endort ou simplement ferme les yeux.

Le commentaire de sitaudis.fr


Hommage au cinéaste Hong Sang-Soo à qui le Reflet Médicis (à Paris) consacre une rétrospective.
Son avant-dernier film " Hotel by the river" est actuellement en salle...